Elle connaît la Gare d’Austerlitz comme sa poche. Marina David la fréquente depuis son premier stage : « C’était chez une styliste, dans le XVIe arrondissement. Son métier me faisait rêver. J’avais 14 ans. J’étais en classe de 3e à Orléans. » Depuis, elle n’a jamais cessé les allers-retours – d’une heure en TER - entre Paris et la capitale de la région Centre-Val-de-Loire. Sauf lorsque, jeune diplômée, elle est partie vivre quatre mois à Santiago, au Chili. Elle voulait se lancer dans le « tourisme vert ». Elle prenait des cours d’espagnol, à raison de quatre heures par jour. Mais le mal du pays a mis fin à l’aventure. Retour dans le Loiret et mise à jour du CV. C’était fin mai 2003. Quelques jours plus tard, telle une bouteille que l’on jette à la mer, elle va solliciter sa tante, galeriste dans le Ier arrondissement de la capitale, pour un « petit job ». « Il était 11 heures du matin. À 13 heures, elle me rappelait : la responsable de la communication d’une exposition de l’artiste Hubert Le Gall, au Louvre des Antiquaires, venait de claquer la porte. À 15 heures, j’étais en rendez-vous pour remplacer la démissionnaire. » Marina David ne connaissait rien aux relations presse (RP) : « Mais, il faut savoir saisir les opportunités lorsqu’elles se présentent. »

En alternance chez Chenue, transporteur d’œuvres d’art depuis 250 ans

Née à Paris en 1980, Marina David a grandi à Orléans, où ses parents se sont installés pour des raisons professionnelles. « J’ai toujours été passionnée par l’art », confie-t-elle. Gamine, elle aimait dessiner : « C’était une façon de m’évader. J’avais mon univers. Je me racontais des histoires… » Abonnée à L’art et sa méthode, elle prenait aussi des cours de dessin aux Beaux-Arts d’Orléans durant ses années de collège. Puis ce sera le lycée Charles Péguy, un bac techno en trois ans, ciblé « arts appliqués », et un abonnement au magazine Elle – toujours en cours – qui lui donne envie de devenir styliste… La suite : une licence en histoire de l’art à l’université de Tours, puis une spécialisation en médiation culturelle à l’IESA à Paris. Là, elle se souvient encore de son alternance entre les cours avenue de l’Opéra et les coulisses du transporteur Chenue, qui emballe, manipule, porte et transporte des œuvres d’art depuis 250 ans. Le QG idéal pour se faire un œil. Marina David va également beaucoup apprendre lors d’un stage au ministère de la Culture, où elle participe au lancement du site Web culture.fr. Jusqu’à ce début juin 2003, où elle se retrouve propulsée au Louvre des Antiquaires, par le bureau de presse de Sylvia Beder. « Elle m’a tout appris du métier des RP », reconnaît Marina David, qui va rester quatre années au sein de cette agence. L’une de ses premières missions : la com’ du Louvre des Antiquaires, où elle monte des expos, fait office de commissaire, rédige les communiqués de presse, assure les relations avec les journalistes. La naissance de son fils met un terme à cette collaboration. Même en freelance, ce n’est plus compatible. Surtout en rentrant chaque soir à Orléans. En juin 2011, Marina David crée alors sa propre agence de com’, dont elle installe les bureaux chez elle, dans le Loiret. Une volonté. Un choix assumé. Son premier client : l’historien, spécialiste de Paris, Patrice de Moncan, avec lequel elle a déjà travaillé dans le cadre du Louvre des Antiquaires.

« Dans la presse française, il reste quelques divas… »

Les domaines de prédilection de Marina David : le patrimoine, l’art et le marché de l’art. Très vite, son réseau fonctionne. Le bouche à oreille aussi. Car elle fait ses preuves sur le terrain. À l’instar d’une dizaine d’années à superviser les RP de la galerie Huberty & Breyne, où elle a croisé le meilleur de la bande dessinée – de Druillet à Loustal, en passant par Vuillemin - et assisté à l’essor de la BD dans le marché de l’art. Les éditions Casterman lui ont également fait confiance. Tout comme le salon Paris Photo, « où les RP se faisaient en anglais, avec une vision anglo-saxonne de la communication, c’est-à-dire aux antipodes de l’artisanat ». Autre temps fort du parcours de Marina David : la com’ internationale de la vente à Drouot du squelette d’un animal préhistorique XXL, estimé autour d’un million d’euros, adjugé à plus de six millions... Depuis le Covid, la communicante développe aussi un travail de consultante auprès de collectionneurs, tout en poursuivant les RP d’événements du marché de l’art et celles d’expositions organisées à l’Institut du Monde Arabe (IMA). « J’ai appris à dire non à certaines propositions, lorsque je vois que cela va être compliqué humainement », explique-t-elle. Mais Marina David ne lâche pas l’univers de l’art. « Même si, dit-elle, la culture a une place de plus en plus limitée dans les médias. Parce que ce n’est pas vendeur. Parce que cela ne fait pas de clic... » Séduire un journaliste en 2024, « c’est lui proposer du sur mesure, lui apporter une solution, du clé-en-main ». Elle ajoute : « Si avec les Anglo-saxons, on ne fait pas de maternage, dans la presse française, il reste quelques divas. » Ses conseils à une jeune pousse de la com’ : « Prendre des risques, car on ne joue pas sa vie – on n’en sauve pas non plus -. Garder la tête sur les épaules, même si on est dans l’immédiateté. Enfin, ne pas perdre de vue que le CDI ne protège plus de rien. »

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« Femmes de com’ » : cette série de portraits fait écho à la formation « Relations Presse » du CELSA-Sorbonne Université (responsable pédagogique : Anne Eveillard). Prochaine session prévue du 19 au 20 septembre 2024 -> inscription : ICI

Autres portraits de « Femmes de com’ » à découvrir : Léa PaoliEmmanuelle GillardoKattia MendiguettiIsabelle Crémoux-Mirgalet et Odile Idkowiak ...