Le Séneq’ plus ultra

125 ans. C’est l’âge du café le plus chic et le plus mythique de Saint-Tropez. Celui où l’on va chercher sa douceur sucrée dans l’arrière boutique, près du marché aux poissons. Celui où l’on donne rendez-vous le matin tôt, le soir tard. Celui où l’on vient grignoter un sandwich, avec du sable dans ses espadrilles –époque formid’-. Happy birthday Sénéquier ! Bistrot-rétro, revu en 2007 par le designer Noé Duchaufour-Lawrance. Bistrot-show, car les VIP de toute la planète s’y sont un jour arrêtées. Bistrot-intello, car de Vian à Sagan, en passant par Picasso et Gréco, ils y ont tous refait le monde.

A lire : Sénéquier, de Franck Leclerc. Verlhac Editions. 35,50€

Pique-nique « so » chic

Voici un nouveau clin d’œil de notre envoyée très spéciale outre-Manche, la photographe angevine Yolande Mignot. La semaine passée, elle a immortalisé une version un brin décalée du déjeuner sur l’herbe : celle des étudiants d’Eton, « qui quittent l’uniforme le week-end pour se détendre ou s’entraîner sur la Tamise en vue des Rowing courses face aux autres clubs nautiques d’Oxford et Cambridge ». Cravate et pipe à la bouche pour l’un ; foulard dans le col pour un autre ; nœud de velours dans les cheveux pour la seule fille du groupe… Epoque formidablement excentrique et bucolique.

© Yolande Mignot

Dans le bureau d’Axel Bauer

Non, je ne débute pas une carrière de rock star. C’est un peu tard. Même dans notre époque si formidable. Cette photo a été prise par Frédéric Poletti dans le bureau « fumeur » d’Axel Bauer –alors parti dans une pièce voisine, chercher une veste-. Nous sommes à Paris, à l’orée de Montmartre, entourés de guitares, de bouquins. Avec un ordi qui faisait office de jukebox, ce jour-là. Axel Bauer nous a fait écouter l’album Smoke ring for my halo de Kurt Vile : vraiment bien. On a discuté. Autour d’un café. De son livre, Maintenant tu es seul (Michel Lafon), de son prochain album –attendu cet automne-, avec des textes de Brigitte Fontaine, Gérard Manset, Marcel Kanche. Puis, il a pris la pose pour les besoins d’un magazine. Nous étions aussi là pour ça.

Chez Barbara Carlotti, à l’heure du thé

Pour Godard, Tous les garçons s’appellent Patrick. Dans un cabinet d’architectes parisien, toutes les collaboratrices s’appellent Angélique. Sur ce blog, c’est la saison des Barbara. Après le film éponyme de Christian Petzold, évoqué dans le précédent post, place à Barbara Carlotti. C’est qui ? Une chanteuse, qui compose, écrit, vit à Paris. Elle a découvert la pop, ado, avec Daho et Michael Jackson. Hier, elle m’a offert un thé dans son deux pièces, voisin du Père Lachaise. Une occasion de mieux cerner son univers, peuplé de CD, 33 tours, claviers, guitare, bouilloire. Ses chaussures de scène : tout un poème. Des talons qui n’en finissent pas, des paillettes, de l’argent, du doré. Ça sent la fête. Epoque formid’. Dans sa bibliothèque, du beau et du bon. Férue de littérature, dans une interview accordée en mai 2011 à mon confrère Jean-Claude Ribaut pour le magazine Dandy, elle fait référence à Baudelaire, Byron, Wilde, Barbey d’Aurevilly, mais aussi à Alain Pacadis, Yves Adrien, Jean-Jacques Schulh… Andy Warhol, David Bowie ou Patti Smith l’inspirent également. « Les branchés sont des suiveurs », confie-t-elle encore au journaliste. Eprise de liberté, elle se revendique « intermittente ». Peste contre la difficulté de se loger dans la capitale. Raconte, en riant, les « sessions de travail » qu’elle organise parfois avec une dizaine de musiciens dans son 30 m2. Les voisins tolèrent. Tant mieux. Un phénomène, « la » Carlotti. Une grande blonde d’origine corse, qui assume sa paire de collants troués. Une voix unique, qui se pose, s’impose. Son dernier album, L’amour, l’argent, le vent (Atmosphériques) est à découvrir. Et l’artiste à voir en tournée à travers la France, avec une escale à La Cigale, à Paris, le 18 octobre.

Une femme sous influence

Il y a des films qui vous hantent, une fois sorti de la salle obscure. Barbara, actuellement sur les écrans, est l’un de ceux là. Barbara (Nina Hoss) est médecin dans un hôpital de Berlin-Est. Nous sommes en 1980. Soupçonnée de vouloir passer à l’Ouest, elle est mutée par les autorités dans une clinique de province. Au milieu de nulle part. Là, elle se méfie de tout le monde. En particulier d’Andre (Ronald Zehrfeld), le médecin-chef. Pourquoi est-il si attentionné ? Est-il amoureux ou chargé de la surveiller ? Perpétuellement sur la défensive, Barbara s’isole, sourit peu, fume beaucoup, s’attache aux patients qui souffrent, mais refuse tout ce qui pourrait agrémenter son quotidien. Comme si le bonheur n’avait pas droit de cité à l’Est. S’évader ? Elle y songe… Nina Hoss est impressionnante en femme sous influence, traquée, obsédée, obstinée, prête à tout pour retrouver sa liberté. Dans ce long métrage de Christian Petzold, même la nature est hostile à Barbara. Le vent complique ses échappées à vélo. Les chemins tortueux mutilent ses pieds… Noir c’est noir. Une lueur d’espoir malgré tout, lorsque le rôle de médecin reprend le dessus. Lorsque le port de la blouse blanche rappelle qu’il faut soigner victimes et bourreaux avec la même humanité. Barbara a décroché l’Ours d’argent au Festival de Berlin : époque formid’.

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