Envie de décoller de la planète ? Rendez-vous au Musée des Arts décoratifs, à Paris. Jusqu’au 5 juillet 2026, immersion immédiate dans un hôtel très particulier, l’espace d’une journée au XVIIIe siècle. Cette invitation à un voyage dans le temps et dans le vent des années 1780 propulse le visiteur dans le quotidien d’une demeure aristocratique parisienne, au plus près de ses maîtres, domestiques et autres animaux familiers. Un sacré pari, réussi grâce à la mise en scène de plus de 550 pièces originales, issues en majorité des collections du musée. Boiseries, papiers peints, mobilier, céramique, orfèvrerie, vêtements, accessoires de mode, jouets, bijoux… tout conte et raconte le quotidien d’un bel hôtel de ville.

Chaise à porteur et chaise percée…

« Qui n’a pas vécu dans les années voisines de 1789 ne sait pas ce que c’est que le plaisir de vivre. » C’est Talleyrand qui l’a dit. Une phrase qui sert de fil rouge à cette exposition, dont on doit le commissariat à Ariane James-Sarazin, conservatrice générale du patrimoine, en charge des collections XVIIe - XVIIIe siècle et Nissim de Camondo, et à Sophie Motsch, attachée de conservation. Ce duo propose une visite qui débute sous un porche et dans une cour, où trône une chaise à porteur, puis se poursuit sous la forme d’une déambulation, pièce par pièce, à la découverte des us et coutumes de la maison d’époque. Jardin compris, avec ses treillages et autres plantations. De la toilette du matin jusqu’aux jeux du soir, en passant par le dîner à la française, le visiteur flâne, glane, observe. On s’amuse de la chaise percée et du premier repas de la journée – un bouillon de viande et de légumes –, proposé dans une écuelle à oreilles en porcelaine. On s’étonne des chocolat, thé et café, perçus comme des produits de luxe, car importés de contrées lointaines, puis servis dans des pièces d’orfèvrerie et de porcelaine réservées à cet effet. On s’émerveille devant les tabatières en matériaux rares et précieux, accessoires obligatoires qu’il est de bon ton d’assortir à sa tenue.

Fontaine murale, rafraîchissoirs et surtout en verre filé

L’exposition plonge le visiteur dans une journée rythmée par le matin, l’après-dîner et le soir, grâce à un subtil traitement gradué de la lumière. Un temps qui passe au gré d’une sélection d’horloges, cartels et montres, mais aussi de semainiers et autres sublimes almanachs de poche. En journée, on passe par la bibliothèque, le boudoir, on lit, on écrit, on dessine… Le dîner est pris en début d’après-midi et le souper, en soirée. Le tout dans une salle à manger composée d’une fontaine murale pour se laver les mains, de chaises souvent cannées, de consoles-dessertes, de rafraîchissoirs pour les verres et les bouteilles, sans oublier la grande table dressée autour d’un somptueux surtout en verre filé. On quitte l’exposition avec la fin des mondanités et le moment du coucher. Aux alentours de minuit, c’est chemise de nuit immaculée pour tout le monde. Si les hommes se parent d’un bonnet, les femmes lui préfèrent la dormeuse, pour protéger leur longue chevelure. Tout un art de vivre aux antipodes d’un luxe tapageur, racoleur. Aucune place pour la vulgarité. On ressort du musée, l’esprit aéré par cette belle échappée.

Une journée au XVIIIe siècle, chronique d’un hôtel particulier -> jusqu'au 5 juillet 2026 au Musée des Arts décoratifs