Élégance des gestes. Pureté de la forme d’une carafe d’eau et des verres assortis. Belle tonalité bleutée des tasses à thé, posées sur un plateau. Charlotte Besson-Oberlin sait recevoir. Le rendez-vous est donné dans son studio – un ancien débarras entièrement pansé et repensé -, son lieu de travail, situé place de la Madeleine à Paris. Une adresse qui en jette pour cette discrète, bien loin de tout tape-à-l’œil. Ado, elle voulait devenir médecin – une sorte de tradition familiale… Mais après deux premières années d’études à l’hôpital Saint-Antoine et face aux panneaux des résultats où son nom figure parmi les recalés, elle a dit à sa mère : « Je vais être architecte d’intérieur. » Comme ça. Sans crier gare. « Cela me paraissait plus immédiat que l’architecture… » Une évidence pour elle. Mais moins quand on grandit dans le XVIe arrondissement et que l’on fréquente le lycée Molière : « À l’époque, dans cet univers, les arts n’étaient pas toujours perçus comme une orientation sérieuse. »
« J’étais fan des 5.5 designers et je lisais Intramuros… »
Rien n’était donc prémédité. Ni son entrée à Penninghen, école parisienne dont Charlotte Besson-Oberlin avait entendu parler par une amie, étudiante à l’École du Louvre. Ni qu’elle s’y soit sentie dans son élément d’emblée et durant les cinq années de cursus. Avec une bifurcation vers l’architecture d’intérieur et l’histoire de l’art dès sa 2e année au sein de l’école de la rue du Dragon. Ce qu’elle en a gardé ? Le dessin, qu’elle pratique encore aujourd’hui pour ses recherches en amont d’un projet. Et la richesse d’un passé à recomposer : « J’aime me pencher sur l’histoire d’un lieu avant de l’investir. » Autre souvenir de ses années Penninghen : « J’étais fan des 5.5 designers – aujourd’hui Studio 5.5 – et je lisais Intramuros… » Diplômée en 2005, Charlotte Besson-Oberlin se fait repérer dès l'exposition annuelle des diplômes de l’école : l’architecte Claude Vasconi lui propose un premier CDD. Puis ce sera l’agence Valode & Pistre. Un an plus tard, le bureau d’études Christian Liaigre recherche de nouveaux collaborateurs et la jeune architecte d’intérieur est recrutée. « Là, j’ai eu l’impression de trouver des âmes sœurs », confie Charlotte Besson-Oberlin. Elle va rester 11 années dans cette maison. D’abord comme architecte d’intérieur. Puis comme responsable de la création du mobilier. Une expérience qui lui apprend l’exigence d’un dessin, la justesse du geste, la noblesse des matières et matériaux, la précision des finitions. Toute une école. « Avec la recherche du confort avant tout », ajoute Charlotte Besson-Oberlin, qui apprécie alors de réaliser des projets « complets ». Des chantiers où la création de mobilier, le savoir et savoir-faire du designer s’ajoutent à l’architecture intérieure.
Date de naissance et esprit d’équipe
En 2016, lorsque la maison Liaigre change de propriétaire, Charlotte Besson-Oberlin s’interroge. « Je n’avais pas envie de ronronner », se souvient-elle. Se mettre à son compte ? Elle y songe et saute le pas en 2017, en fondant le studio dix9mai. D’où vient ce « 19 mai » ? N’allons pas chercher midi à 14 heures : « C’est ma date de naissance », répond l’intéressée, qui ne souhaitait pas mettre son nom en avant. La discrétion encore, doublée d’un esprit d’équipe car Charlotte Besson-Oberlin travaille avec l’architecte Eve Von Romberg – rencontrée chez Liaigre – et Marie-Amélie Poisson, designer, directrice artistique, également douée pour sourcer objets ou accessoires sur-mesure. Le trio œuvre de concert sur des projets communs, mais chacune peut aussi répondre à des commandes en solo. Une liberté d’action à laquelle tient Charlotte Besson-Oberlin : « Les projets d’architecture intérieure sont signés dix9mai, mais mes pièces de mobilier, luminaires ou objets portent mon nom. » Des réalisations dont les points communs résident dans la sobriété d’une forme, le minimalisme d’un trait, la radicalité d’une ligne, le tout rythmé par une touche d’imprévu, d’inattendu, qui donne de la sensibilité à un ensemble à la fois cohérent, élégant, incarné. Quant aux terrains de jeu du studio dix9mai, ils vont des appartements ou maisons de particuliers jusqu’au secteur de l’hôtellerie (Nutchel Forest Camp…) et de la restauration (Mùn, cafés Nutchel, Maison Fournaise…). À cela s’ajoute des créations en série limitée ou autres pièces sur-mesure. Un cadre où Charlotte Besson-Oberlin est également représentée par la galerie parisienne Anne Jacquemin Sablon.
Préfailles et Ménilmontant
En 2026, Charlotte Besson-Oberlin va plancher sur un nouveau site pour l’enseigne Nutchel – avec ouverture prévue à l’automne –, un lobby d’hôtel, un restaurant, mais aussi une maison de vacances à Préfailles et la rénovation d’un appartement situé… place de la Madeleine. Ses sources d’inspiration ? « Tout ce que je photographie, avec mon iPhone, au gré de mes sorties. » Sa dernière image prise ? « Un graff, représentant des oiseaux, sur un volet à Paris. » Quant à imaginer ses propres intérieurs, elle s’y colle volontiers. Avec la complicité d’Eve Von Romberg, elle a ainsi métamorphosé le débarras qui sert désormais de bureaux au studio dix9mai. Autre prouesse : elle a réalisé les plans de son propre appartement parisien, à Ménilmontant. Enfin, lorsqu’on lui parle de transmission, Charlotte Besson-Oberlin tend l’oreille. Et pour cause : ça la tente. Retourner à Pennighen, mais cette fois face aux étudiants, elle ne dirait pas non.
Charlotte Besson-Oberlin et le studio dix9mai sont aussi ICI



