« J’allais faire un burn-out… » Ce qui a sauvé Florent Méchain ? Un projet d’écriture. Un livre. Ou plus exactement le premier tome d’une saga, inspirée par les astres et l’astrologie. Bizarre ? Pas vraiment quand on sait que cet ancien journaliste a tenu et signé – du pseudo Caleb Morino – l’horoscope du magazine VSD, à l’orée des années 2020. « J’étais volontaire, sans pour autant être un spécialiste des signes du zodiaque. » Résultat : on lui doit du grand classique – « signe par signe » –, mais aussi des versions plus originales, comme l’horoscope de la mode, l’horoscope œnologique ou encore l’horoscope… fromager, où ça balance pas mal pour le roquefort, ça file doux pour le reblochon, ça se corse pour le brocciu… Même délicieux délire dans son ouvrage de 300 pages, intitulé La Balance et les trois perles, qu’il vient d’auto-éditer. Rien de littéraire à l’horizon, mais plutôt l’immersion dans un univers où « les humains sont parqués, selon leur signe astrologique, dans différents territoires ». Un autre monde dans lequel Florent Méchain semble s’être invité, abrité, réfugié.
Bac scientifique à 16 ans
« À 7 ans, je voulais être médecin... » Trente-sept ans plus tard, Florent Méchain se souvient encore du stéthoscope rouge qu’il avait reçu comme cadeau de Noël. « Mais, ado, j’ai aussi rêvé de devenir garde du corps de stars, après avoir vu le film Bodyguard », s’amuse-t-il à raconter, installé dans la salle du café Le Québec, rue Bonaparte, à Paris. Plutôt bon élève dans son lycée de l’Essonne – « une banlieue bucolique » –, il va décrocher son bac scientifique à 16 ans, sans avoir d’idée précise sur son avenir. « J’aime tout ce qui sort de l’ordinaire », confie-t-il. D’où un cursus, en deux ans, pour bosser dans « la réclame », qu’il effectue à l’IUT de Paris. Diplômé en 2000, les médias l’attirent finalement davantage que les agences de pub. Florent Méchain enchaîne alors les stages, qu’il ponctue de voyages, dont il raffole. La découverte de nouvelles villes, de nouvelles coutumes, rites et rituels, le passionne. Pour lui, partir, c’est se sentir libre. Une liberté qu’il cultive et préserve tant que faire se peut. Aujourd’hui encore, ce passionné de cartes et de géographie se dit « mobile », toujours prêt à boucler un sac à dos, pour s’offrir une belle échappée au bout du monde ou simplement prendre l’air du côté de Murat – 264 habitants –, dans l’Allier, où se situe la ferme familiale.
Sillonner la France…
C’est un stage au magazine France TGV – alors diffusé à 200 000 exemplaires dans les trains à grande vitesse – qui va vraiment propulser Florent Méchain dans le journalisme. Le rédacteur en chef de l’époque, Marc Boujnah, lui apprend tout du métier, avec les rubriques « agenda » et « régions » à remplir, qui permettent à l’apprenti-reporter de sillonner la France. La suite ? Une palette de remplacements et de postes « en renfort » au secrétariat de rédaction de titres comme VSD, Zurban, Télé Star, Onze Mondial ou encore le kitchissime Nous Deux. Florent Méchain ne rechigne devant rien pour continuer d’apprendre – « y compris le maniement du logiciel QuarkXPress » – et financer ses voyages entre deux CDD. Des voyages dont il rapporte textes et images pour différents journaux, dont Gala. Des voyages qu’il va également imaginer et créer pour l'agence Nouvelles Frontières.
L’aventure de l’écriture
À la quarantaine, rien ne va plus. « J’ai quitté ma compagne, j’ai changé d’appartement, de ville… J’ai même vendu ma voiture ! » Florent Méchain cherche, se cherche, entre des voyages à la pelle et un projet de fromagerie à Paris, rue de Bourgogne, qui va tomber à l’eau… La stabilité, il va la retrouver, un temps, à VSD. Le magazine le sollicite pour chapeauter les équipes éditoriales, assurer le secrétariat de rédaction et même occuper le fauteuil de rédacteur en chef-adjoint. Mais fin de partie en 2023. Le journal est racheté. Florent Méchain quitte le titre pour se lancer, en solo et sans filet, dans l’aventure de l’écriture de livres. Il a des idées, des histoires à raconter. Une en particulier, tirée d’une réalité, dont il n’obtient malheureusement pas le feu vert nécessaire pour la publier, alors qu’il en a déjà rédigé 60 pages... Déçu, vidé, abasourdi, c’est là qu’il va frôler le burn-out. « Je voulais tout abandonner », dit-il. Coup dur, puis coup de mou. Florent Méchain a besoin de prendre du recul. Direction Murat, la ferme et le Chesterfield de sa mère près de la cheminée, où il dessine peu à peu les contours de sa saga astrologique. Un vrai pari. Un défi un peu fou, même. Florent Méchain en est conscient. Mais il croit en sa bonne étoile, attraction pour les astres oblige… En 2026, il prévoit d’auto-éditer un deuxième tome en avril, puis un troisième en novembre. « Après, je ferai le point. »
Un tour de force qui n’a rien d’une farce
À 44 ans, Florent Méchain a choisi de vivre autrement, en marge de son passé de journaliste et des réseaux qui vont avec. Il s’est affranchi de certains codes et autres effets de mode. Sa seule limite ? L’état de ses finances. Un tour de force qui n’a rien d’une farce, ni d’un caprice. Un instinct de survie qui lui a sans doute évité le pire. Désormais sur une route sinueuse, incertaine, mais riche en enseignements, le voyageur se fait explorateur au gré des salons et foires du livre où il est convié. Un cheminement qui serait peut-être intéressant, pertinent, voire amusant, à raconter dans un ouvrage aux airs de grand reportage.

