« J’aurais peut-être pu devenir astrophysicienne ! » Parce qu’elle était bonne élève, douée en maths comme en sciences et fan de physique quantique. Mais la vie en a voulu autrement. Aurélia Grandel de Keating s’est épanouie dans les médias, la déco, la mode, les arts… Des secteurs qu’elle vient d’unir et réunir en créant Riviera Art Magazine, dont le deuxième numéro sortira le 7 mai 2026. Une aventure éditoriale et humaine, dans laquelle elle a embarqué une « team » d’une dizaine de pros de la presse. Car elle croit toujours au papier, au journal qui se feuillette, se porte, se transporte, aux articles de fond, aux photos produites et à l’impression « made in France » - chez Roto -. Un pari ? Aurélia Grandel de Keating parle plutôt d’un « acte de résistance », qui consiste à « faire équipe pour proposer du beau ».

De la fac de droit au studio Kelipse…

« Jusqu’à mon adolescence, je passais mes vacances à Arbin, en Savoie. » Aurélia Grandel de Keating se souvient d’une maison de famille peuplée de livres, où la déco, les décors et les objets éduquaient l’œil, où le savoir-recevoir donnait les clés d’une bienséance entre élégance et poésie, prestance et fantaisie. Une atmosphère à la « Gatsby » qui touchera à sa fin avec les années de collège. « J’avais 15 ans lorsque nous sommes venus habiter Paris. J’allais au lycée Jacques Decour, dans un IXe arrondissement pas encore gentrifié, et j’ignorais tout du métier que j’avais envie d’exercer plus tard », confie Aurélia Grandel de Keating. Son bac littéraire en poche, elle rate – « faute de préparation » – le concours d’entrée à l’École du Louvre, avec l’idée de devenir commissaire-priseur. Un peu déçue – « et parce qu’il fallait un double cursus pour exercer ce métier » –, elle décide de marcher dans les pas de son frère et le rejoint en fac de droit, rue d’Assas. Mais le pénal, le civil et autre jurisprudence ne l’emballent pas vraiment. Elle s’inscrit alors à l’Atelier de la rue de Seine : « Dès les premiers cours, j’ai compris que ma vie c’était la création ! » Puis elle se spécialise dans la scénographie au sein d’une école liée à la Chambre de commerce de Paris, qui lui permet de multiplier stages et « actions professionnelles appliquées ». « J’ai pu ainsi travailler avec le couturier Pierre Cardin, assister une styliste de mode à la télévision ou encore intégrer une école de design à Montréal », détaille Aurélia Grandel de Keating. La bonne pioche ? C’est à l’orée des années 2000, lorsqu’elle décroche un stage au studio de « set design » Kelipse, chapeauté par Pascal Batteux. « Là, j’ai tout donné ! Je ne comptais pas mes heures. J’allais jusqu’au bout d’une prise de vue. J’observais la construction d’une image, je m’intéressais au propos journalistique derrière cette image, j’apprenais à choisir un angle… À chaque shooting, je retrouvais l’ambiance du grenier de ma grand-mère, où l’on construisait nos univers entre robes à dentelles et ombrelles ! » C’est l’âge d’or de la presse déco. Kelipse assure bon nombre de scénos pour les magazines AD, Maison Française, Elle Déco ou encore Maison Madame Figaro. C’est au sein de la rédaction de ce dernier titre qu’Aurélia Grandel de Keating se fait repérer. Parce qu’elle est débrouillarde – « j’ai été scout ! » -, parce qu’elle a du flair, du goût, des idées, une sensibilité à l’art, mais aussi parce qu’elle parle couramment anglais et espagnol. Résultat : de 2001 jusqu’à la fin 2019, elle va travailler en freelance en tant que journaliste et styliste – « ultra-régulière » –pour différents titres du groupe Figaro, dont le quotidien. À cela s’ajoute des collaborations régulières notamment avec les agences Saguez & Partners et Nelly Rodi. Aurélia se fait un nom et Grandel de Keating devient une signature.

Fresques murales, formation à la céramique et création d’un magazine

2020, c’est l’année de tous les changements. À 40 ans, Aurélia Grandel de Keating quitte la presse et Paris, s’installe à Mougins, donne naissance à un second fils, dessine des fresques murales – pour des particuliers – et se forme à la céramique à Vallauris. Une nouvelle vie avec l’envie de toucher à tout, sans se couper de l’air du temps. « Le plus difficile, pour moi, a été de me retrouver seule dans mon atelier, du jour au lendemain, alors que j’étais habituée au travail en équipe, en rédaction. L’écriture aussi m’a vite manquée », reconnaît-elle. D’où la publication d’un recueil de poèmes illustrés (éditions Les Bonnes Feuilles) et l’idée d’un magazine qui mêlerait le Sud, les arts, les artistes, les artisans… « En 2024, je suis partie une dizaine de jours en résidence en Grèce, pour réaliser des céramiques, et à mon retour j’avais le concept et le positionnement de Riviera Art Magazine », dit-elle. Un journal dont elle a monté le premier numéro en moins de quatre mois – pour une sortie en mai 2025 –, avec des sujets intemporels, consacrés aux artistes Jean-Michel Othoniel et Cecilia Bartoli, à l’architecte Sybille de Margerie ou encore à Isabelle Maeght, à la tête de la Fondation Maeght… La diffusion ? Tiré à 3 000 exemplaires, Riviera Art Magazine est disponible dans une sélection d’hôtels, musées, galeries et fondations du Sud de la France, ainsi qu’en version digitale. Le numéro 2 – « sur le thème du parfum » –, actuellement en phase de bouclage avec une sortie de l’imprimerie prévue quelques jours avant le Festival de Cannes, fera l’objet d’un lancement, début mai 2026, au Musée international de la parfumerie, à Grasse.

« Il faut ouvrir les esprits, les regards, les perspectives »

© Claude Weber

« L’art m’anime depuis toujours », dit encore Aurélia Grandel de Keating. Si bien qu’en plus de son magazine, elle supervise le positionnement, l’image et les partenariats artistiques de la Fondation Florence, qui soutient des étudiants boursiers issus de milieux défavorisés. « Cela me tient à cœur de transmettre, expliquer, raconter, lorsque je pousse la porte de la Galerie Dior ou celle de la Fondation Louis Vuitton avec ces jeunes. J’aime rassembler des personnes, des publics, grâce à l’art et la culture. Dans une France fracturée, comme elle l’est aujourd’hui, il faut ouvrir les esprits, les regards, les perspectives. À nous de créer des passerelles, des ponts, pour rendre le beau accessible au plus grand nombre. » Engagée, déterminée, confiante en l’avenir, Aurélia Grandel de Keating veut croire que l’on peut « faire bouger les lignes », mobiliser le savoir-faire et l’expertise des uns pour susciter la curiosité des autres. Elle en a fait une priorité, à moins que ce ne soit un combat.

----

Riviera Art Magazine (n°1) à découvrir par ICI ... et le n°2 en précommande par -> aureliagrandeldekeatinghart@gmail.com