Le papier l’a toujours inspirée. Si bien que depuis trente ans, Céline Wright en fait des luminaires, façonnés à la main dans son atelier de Montreuil. Trente ans de création « 100% made in France » en autoédition : cela méritait bien une rétrospective. Celle-ci aura lieu en septembre 2026, en marge de Paris Design Week, dans le showroom de l’artiste au savoir-faire artisanal, situé sur l’Île Saint-Louis. L’occasion de retrouver une sélection de lampes, appliques et autres suspensions imaginées par une femme née en Angleterre, ancrée à Montreuil et fascinée par le Japon, qui se dit avant tout « électron libre ». Inclassable, Céline Wright ne se voit ni dans une case et encore moins « dans une boîte ». Elle fait allusion ici au monde de l’entreprise, qu’elle a tout de même fréquenté une fois diplômée de l’École Duperré. Elle évoque un passage chez Louis Vuitton, puis au sein de la marque Catimini, en tant que dessinatrice textile durant trois années. Mais ce qu’elle préfère, c’est la liberté, l’autonomie et la possibilité de tester, tenter, expérimenter. Elle vient d’ailleurs d’ouvrir un second atelier au sein de l’ancienne manufacture royale de Montolieu, « village du livre et des arts », dans l’Aude, pour se rapprocher de la nature, avoir de l’espace, voir et créer plus grand.

© Anne-Emmanuelle Thion

Un pinceau qui se taille comme un crayon…

Ado, Céline Wright voulait devenir vétérinaire. Parce qu’elle était bonne élève. En particulier en biologie, « la science du vivant », souligne cette pianiste, fan de philo qui a eu son bac D au lycée Voltaire, à Paris, tout en prenant des cours du soir à Duperré. Mais de son enfance, elle retient surtout les voyages en famille, dont cinq années passées au Japon, pays dont elle est partie à l’âge de huit ans. Une expérience qui laisse des traces. La preuve : elle crée ses luminaires avec du papier japonais – le washi –, ses outils – spatule, faux, couteau, ciseaux, pinceau sans manche ou qui se taille comme un crayon… – sont tous rapportés du Japon, quant à sa résidence de six mois, en 2022, au sein de la Villa Kujoyama, sur les hauteurs de Kyoto, celle-ci a été vécue comme « une renaissance ». Sur place, la designer a notamment créé deux « Abris-cocons » de plus de quatre mètres de diamètre, présentés au musée Kyocéra, ainsi qu’un « unkaï », cocon en papier kozo accroché à des bambous, installé dans le patio de la Villa Kujoyama. « Je n’étais jamais retournée au Japon depuis que j’en étais partie avec mes parents et mon frère. J’ai vécu cette résidence tel un plongeon dans le passé, un retour aux sources de la culture de mon enfance. En revoyant le Japon avec des yeux d’adulte, j’ai renoué avec ce pays qui fait partie de moi. L’expérience a été forte. » Résultat : depuis, elle y retourne une fois par an, pour s’imprégner des rites et rituels – « dont le rapport mystique aux objets » –, fabriquer du papier ou encore assurer des performances avec le calligraphe Hiroshi Ueta. Aujourd'hui, elle rêve d’un pied-à-terre à Kyoto pour y vivre la moitié de l’année, « car le quotidien est plus inspirant que le séjour touristique ».

« Mon travail repose sur l’astuce »

© Anne-Emmanuelle Thion

« Au Japon, on fait avec trois fois rien. » Et cela plait à Céline Wright, qui a débuté ses créations à Duperré avec du papier carbone récupéré dans le quartier du Sentier. « Mon travail repose sur l’astuce », ajoute celle qui commence chacun de ses luminaires en modelant, entre ses mains, une forme en terre ou en argile. Un moule sert ensuite à la production, avant la phase délicate de pose de centaines de bandelettes en papier washi, puis l’étape du séchage qui peut durer plusieurs jours pour certains grands modèles. Quant à l’assemblage des coques et autres finitions, ils nécessitent beaucoup de dextérité et peuvent prendre jusqu'à cinq heures : c’est le cas, par exemple, des modèles dorés à la feuille de cuivre. Aujourd’hui, sept personnes travaillent dans l’atelier de Céline Wright, situé dans l’ancienne tannerie de l'usine Chapal à Montreuil. Une équipe formée au « fait main » – « seule énergie non polluante » –, sensible au circuit court et à la production responsable.

Légèreté, simplicité et poésie

Restaurant DokiDoki, à Paris.

« J'aime les objets bien pensés, minimalistes, qui dégagent une émotion », confie Céline Wright. Pour qualifier ses luminaires, elle parle de « plumes de douceur », de légèreté, de simplicité, de poésie aussi. Cocon, nuage, oiseau, chrysalide, pleine lune... sont autant de thèmes qui incarnent ses créations, que l’on retrouve chez des particuliers, mais également dans des hôtels et des restaurants – Cheval Blanc, Maison Aribert, DokiDoki… –, au château des ducs de Bretagne ou encore le temps d’une scénographie pour le pavillon français de l’Exposition universelle à Osaka en 2025, en partenariat à nouveau avec le calligraphe Hiroshi Ueta. Céline Wright aime mélanger les arts, savoir et savoir-faire, pour tendre vers une « expérience sensorielle » et faire d’un décor, « un monde ». Le 8 août 2026, elle a ainsi programmé, dans l’ancienne manufacture royale de Montolieu, une performance commune avec un musicien et un calligraphe. La suite ? En janvier 2027, elle a prévu, à Paris, un événement axé sur ses liens avec le Japon et Montolieu. La designer projette également de partir trois mois au Pays du Soleil Levant pour s’y poser et exposer.

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Unkai, Villa Kujoyama - © Yuya Miki

Unkai, Villa Kujoyama - © Yuya Miki