Ado, il était fan de Pixies, The Cure, Joy Division, Radiohead… « Un rock indé, emmené par des gens très jeunes, pas premiers au conservatoire, qui faisaient souvent tout eux-mêmes : la musique, les paroles, les pochettes de disques… Ils trouvaient toujours les moyens de produire et diffuser leurs créations », se souvient le designer finistérien Erwan Bouroullec. Un parti pris qui fait écho à son propre mode opératoire. À cinq dans un studio-showroom de 300 m2 dépourvu de cloisons, au cœur du 20e arrondissement de Paris, ils font tout : recherches, dessins, tests, prototypes, briefs, debriefs, textes, photos, vidéos… Et quand il faut prendre un peu l’air, s’éloigner de la ville pour retrouver les richesses d’un espace agricole, direction la Bourgogne, au milieu de la campagne, dans une ancienne ferme métamorphosée en maison-atelier. « Depuis que je suis enfant, j’ai toujours voulu faire des choses », confie Erwan Bouroullec. Un « faire » qui veut dire créer, inventer, dessiner, pour répondre à un besoin, un usage, voire une urgence. « Être performant, c’est ne pas dessiner quand il n’y a pas de problème. Il faut aimer faire avec moins. Résoudre une difficulté avec le minimum de ressources possible, c’est de là qu’apparaît l’élégance », explique-t-il notamment aux futurs designers. Après avoir œuvré de concert avec son frère aîné Ronan, durant quelque vingt-cinq années, Erwan Bouroullec la joue désormais autrement. Un solo en équipe. À l’image de ce qu’il a découvert après son bac, en intégrant les Beaux-Arts : « Le design relève d’un espace où l’on travaille de façon collective. » Un état d’esprit doublé d’un esprit d’équipe déjà à l’origine de pièces de mobilier – dont la chaise Mynt pour Vitra, par exemple – ou encore de la toute nouvelle gamme Music Studio, déclinée en deux enceintes Wi-Fi – Music Studio 5 & 7 – pour Samsung.

« Frais et pur »

© Philippe Thibault

Lorsqu’il parle de sa collaboration avec Samsung, Erwan Bouroullec évoque aussi bien l’ingénierie – « qui va de pair avec le design » – que la culture coréenne – dont il est amateur –, en passant par les appareils numériques « qui ont transformé notre manière d’interagir avec le monde ». D’ailleurs, il compare volontiers Samsung à « un constructeur de chemins de fer durant la révolution industrielle ». En amont de la conception des enceintes Music Studio 5 & 7, sa première question a été : « Où trouve-t-on la racine de ces objets ? » Réponse : « Dans l’aura, cette énergie immatérielle qui peut émaner d’une personne, d’un lieu ou même d’un mot. Elle exprime ce que nous voulions atteindre : un appareil qui soutient les émotions et amplifie l’atmosphère qui nous entoure. » La suite du processus créatif : miser sur l’intemporalité – « face à la nouveauté permanente dans l’électronique » – et sur le graphisme des « dots » – « qui génèrent des motifs issus du codage et des contrastes de couleurs » – pour symboliser la musique et les sons. Le résultat : « Un langage de design à la fois frais et pur », détaille Erwan Bouroullec. « Frais » par sa capacité à répondre aux nouveaux comportements d’écoute. « Pur » pour la sobriété de l’objet et sa facilité d’intégration dans les environnements du quotidien. À l’instar du téléviseur Serif, imaginé en 2015 avec son frère Ronan, déjà pour Samsung, et qu’Erwan Bouroullec a déjà vu installé « dans une maison traditionnelle coréenne ».

Perec, Barthes, Baudrillard…

© Philippe Thibault

Toujours suivi de près par son chien Patapouf, Erwan Bouroullec prend le temps de converser, expliquer, transmettre des idées, des points de vue. « La clé, c’est l’élégance des choses », répète-t-il. « J’aime épurer, alléger, simplifier… C’est fini, la période d’abondance. Il faut être économe », souligne-t-il encore. Puis, lorsqu’il parle d’objets, il cite Perec, Barthes, Baudrillard… comme une évidence, comme s’il les conviait à franchir le seuil du studio-showroom parisien, pour bavarder avec lui. Quant à son métier, il tient à l’expliquer lorsqu’on lui demande ce qu’il fait dans la vie : « En France, on pense le design comme un style. Dans les années 2000, mon frère et moi étions souvent perçus comme des artistes… Or, le design, c’est avant tout plein d’outils qui nous aident à vivre ensemble. »

« Villa des Enfants terribles »

« Enfant, je n’avais pas de désir de carrière. » Comme les objets qu’il conçoit, Erwan Bouroullec sait d’où il vient. Il revendique des racines. Si bien qu’il remercie ses parents – « issus de deux familles paysannes, où l’on parlait breton » – de l’avoir laissé partir « étudier l’art », une terre inconnue. « Ils m’ont fait confiance », reconnaît celui qui a pris des cours de dessin, chaque mercredi avec la même prof, dans une école municipale de Quimper, dès ses 5 ans et jusqu’à l’adolescence. « Lorsque j’ai été diplômé des Beaux-Arts, j’ai pensé à ma grand-mère, qui avait fait des efforts pour que l’un de ses cinq enfants – à savoir mon père –, parte étudier le droit à l’université de Rennes », raconte encore Erwan Bouroullec. « Soyez agiles », dit-il aux étudiants et jeunes designers qu’il rencontre. Une façon d’inciter à la curiosité, à la découverte, à l’aventure… lui qui a choisi d’installer son studio-showroom au cœur de la « Villa des Enfants terribles ».

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© Philippe Thibault