© Julien Pepy

Elles connaissent tous les coulisses du secteur de l’hospitalité. Choix des marques partenaires, gestion des volumes, stockage, fluidité d’une circulation, luminosité, place des poubelles, tri des déchets… Ségolène d’Ussel, 38 ans, et Lucie Decoster, 35 ans, ne sont pourtant pas du sérail. Pas d’école hôtelière, ni de parents restaurateurs ou patrons d’établissements. Elles sortent toutes les deux d’une école de commerce et leur expertise, elles l’ont acquise chez Danone. Là, elles assuraient la promo des eaux du groupe agroalimentaire auprès des hôteliers et des restaurateurs. C’est donc sur le terrain qu’elles ont appris comment travaillent un chef de cuisine et les membres de son équipe, quelles sont les attentes d’un gérant d’hôtel, de quelle façon évoluent les besoins des clients… Un savoir qu’elles mettent aujourd’hui au service de l’agence d’Ussel & Decoster, qu’elles ont fondée en 2025. Une agence d’architecture d’intérieur qui s’adresse aux particuliers, mais cible aussi l’hôtellerie et la restauration, avec deux premiers chantiers déjà bouclés à Paris et dans le vignoble bordelais. Mais comment passe-t-on de chez Danone à la déco et l’agencement d’espaces ? Pour l’une, c’était l’envie d’une nouvelle vie. Pour l’autre, un concours de circonstances. Pour les deux, le plaisir de « faire » et de concrétiser des projets issus de rencontres, découvertes, immersions dans des univers à chaque fois différents.

Coup de pouce et coup de chance

« Avec Ségolène, nous nous sommes rencontrées chez Danone, à la fin des années 2010 », amorce Lucie Decoster. D’origine bordelaise, son parcours passe aussi par différents métiers en lien avec un certain art de vivre à la française. Distribution de vin à New York, startup dans la « food », événementiel… elle a touché à beaucoup de secteurs jusqu’au jour où elle a croisé la route de l’architecte d’intérieur Victoria Douyère, à qui elle va confier la rénovation de son appartement parisien, dans le Marais. « Le travail de Victoria – qui fait suite, pour elle aussi, à une reconversion professionnelle – m’a beaucoup plu », affirme Lucie Decoster. Résultat : à l’automne 2019, elle quitte un job dans l’événementiel, puis se forme à l’architecture d’intérieur au Studio des Arts déco et enchaîne 6 mois de stage aux côtés de… Victoria Douyère. Boucle bouclée. Mieux encore : « Victoria va me recommander sur des projets, si bien que j’ai eu du travail très vite. » Coup de pouce et coup de chance. En 2021, Lucie Decoster monte une agence qui porte son nom et démarre sa nouvelle carrière en solitaire. « Pour mon premier projet, je voulais tellement bien faire que je démarrais tôt le matin et je finissais mes journées souvent après minuit », raconte celle qui rêvait d’entrer en école d’archi lorsqu’elle était lycéenne. Mais, à l’époque, d’aucuns lui ont fait comprendre que pour réussir en archi, mieux valait avoir un bac scientifique. Elle était en section ES (économique et social) et l’école de commerce a relevé de l’évidence.

Faux départ et vraie vocation

C’est Ségolène d’Ussel qui a décroché un bac scientifique. Et pour cette Parisienne, l’école de commerce s’est également imposée : « Je me suis spécialisée dans la finance, j’ai même travaillé en salle des marchés avant d’intégrer le groupe Danone. » Durant son deuxième congé maternité, un contexte familial la pousse à demander une rupture conventionnelle, pour partir vivre à l’étranger. « Mais, finalement, je suis restée à Paris et je me suis retrouvée sans boulot », explique Ségolène d’Ussel. Sur proposition de son frère, elle le rejoint alors au sein de Mon Concept Habitat, où elle rédige des devis, se rend sur le terrain et s’intéresse de près à l’exécution des travaux en cours de réalisation. « Je pensais dépanner durant 3 mois, je suis restée 3 ans ! » Parce qu’elle a aimé ça. Si bien qu’elle va se former au maniement de quelques logiciels, puis créer sa propre société. « En 2021, je me suis retrouvée avec un appartement de 150 m2 à refaire. C’était mon premier chantier. J’ai appelé Lucie en renfort et nous avons commencé à travailler en duo à ce moment-là. » Leur méthode ? Elles opèrent chacune de leur côté pour les petits projets, mais elles fédèrent leurs compétences pour les grands chantiers. « C’est important d’échanger, d’avoir le regard de l’autre », souligne Ségolène d’Ussel. De surcroît lorsque l’on est autodidacte. Quid du syndrome de l’imposture ? « Il coïncide avec les doutes que l’on peut avoir au départ, reconnaît Lucie Decoster. Mais il disparaît lorsque l’on se fait assurer par une compagnie. L’assurance de nos travaux, c’est comme une caution, une reconnaissance. »

« Un autre regard »

Leur premier bilan comptable date du 13 janvier 2025. Ségolène d’Ussel et Lucie Decoster en parlent comme d’un repère important depuis leur association en 2025. Ensemble, elles ont déjà signé plusieurs appartements de particuliers – du pied-à-terre confidentiel jusqu’à l’haussmannien XXL –. Mais c’est dans l’hôtellerie et la restauration qu’elles souhaitent aussi œuvrer de façon récurrente. Avec déjà la réalisation d’un resto dans Paris et de studios à usage privé, « sur invitation », dans un domaine viticole du côté de Saint-Emilion. Le duo parle d’un « autre regard » qu’elles posent sur l’hôtel, le bar, le restaurant… Leur passé chez Danone n’y est pas pour rien, mais à cela s’ajoute la passion que Ségolène d’Ussel voue à ce qui se mange et ce qui se boit. « En 2019, j’ai obtenu mon CAP cuisine au lycée Guillaume Tirel, à Paris, et, depuis, je continue de suivre des cours au sein de cet établissement du XIVe arrondissement, à raison d’un soir par semaine », confie-t-elle. Par ailleurs, lorsqu’elle doit mettre les petits plats dans les grands, chez elle, « je sais faire un shopping chez Métro, à Villeneuve-la-Garenne, car je connais bien les lieux pour y avoir fait déguster de la Badoit rouge, lorsque j’étais chez Danone ! »

« Un showroom vivant »

Aujourd’hui, le bureau de l’agence d’Ussel & Decoster se trouvez chez Lucie Decoster, dans le Marais. C’est dans le salon et la cuisine ouverte qu’elles travaillent et reçoivent. Une sorte de « showroom vivant », disent-elles, « car c’est notre entrepreneur qui a conçu l’appartement ». Cela permet aussi de montrer l’évolution d’un espace avec le temps, pointer la qualité des matériaux utilisés ou encore de parler entretien et réparabilité. « Dans chacun de nos projets, nous recherchons avant tout l’harmonie et la cohérence. Les choix esthétiques sont toujours guidés par une vision globale, afin de créer des projets lisibles, équilibrés et durables, sans dispersion », expliquent-elles. Quant à leur patte, leur différence, leur singularité, elles passent par « la douceur, la pureté, l’omniprésence du chêne, des partis pris colorés pour un plafond ou une salle de bain, mais jamais rien de clinquant ». Ravies de leur nouvelle vie, elles ne feraient marche arrière pour rien au monde. Au contraire. Elles avancent avec des tas d’idées en tête. Et pour parfaire leur savoir-faire, elles écoutent, observent, hument l’air du temps…

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