2017. Soir de fête. Baptiste Vandaele est de sortie. Des amis lui présentent Benjamin El Doghaïli. Ils sympathisent. Fin de « party ». Quelques jours plus tard, la curiosité du second, architecte intégré au groupe hôtelier Mama Shelter, l’incite à aller voir, sur Facebook, le travail de designer graphique du premier. Reprise de contact. Rendez-vous. Signature de contrat. Et Baptiste Vandaele va livrer une première sélection de dessins pour le « Mama » de Lisbonne. Depuis, il a œuvré pour les hôtels Mama Shelter de Luxembourg, Rome, Rennes, La Défense… Il a participé à la rénovation de ceux de Paris « East », Toulouse... « D’autres encore sont en projet », confie-t-il. Au total, le designer graphique a déjà réalisé une soixantaine de créations pour le groupe hôtelier. Des dessins devenus papiers peints, tissus, moquettes, mosaïques, que Baptiste Vandaele vient de compiler dans un catalogue XXL, relié par ses soins. Il en feuillette les pages, installé à la terrasse d’un café, à Pantin. Une pause à mi-chemin entre son atelier d’Aubervilliers et son domicile situé au Pré-Saint-Gervais. Circuit court et « morning routine » pour cet Alsacien de 36 ans qui, gamin, rêvait de devenir naturaliste ou archéologue, « pour partir en Amazonie ou découvrir des tombeaux égyptiens ».

Des Arts déco de Strasbourg aux Beaux-Arts de Nancy…

Du village près de Colmar où il a grandi, Baptiste Vandaele en a retenu « le riche passé médiéval, la proximité de la nature et la bonne bouffe ». Des sujets qui l’inspirent toujours… Son bac en poche, il intègre les Arts déco à Strasbourg. Mauvaise pioche. Il ne va rester qu’une année dans cette école, où ce dingue de dessin ne trouve pas ses marques. Déçu, mais pas fichu. Direction les Beaux-Arts de Nancy, où il se passionne pour l’Art Nouveau. Il va y passer quatre années, dont une en « Erasmus » à Düsseldorf, puis sortir diplômé en 2012. La suite ? Une succession de tests, expériences, errances, découvertes, comme celle de Paris, où il pose ses bagages, une première fois, en 2013 pour bosser en agence de communication. Il enchaîne avec un stage dans le prestigieux Atelier d’Offard, à Tours, où l’on perpétue le savoir-faire des papiers peints à la planche des manufactures des XVIIIe et XIXe siècles. Autre étape : un passage express à Colmar, pour un job dans la com’, sans terminer la période d’essai. Le milieu des années 2010 est également marqué par un retour à Paris, où l’Alsacien assiste la designer graphique et directrice artistique américaine Susanna Shannon, dont il avait suivi les cours à Nancy.

Une histoire dans l’histoire

Touche à tout par curiosité et envie de se frotter à la nouveauté, Baptiste Vandaele ne s’interdit aucun terrain de jeu. « J’aime le cadre, les contraintes, et trouver les moyens de se les approprier. » On reconnaît son trait à la profusion des motifs et la précision des détails. L’ornement gomme l’épure. La couleur est omniprésente, tout comme la touche d’humour, le pas de côté qui raconte une histoire dans l’histoire. À l’instar des papiers peints floraux où se cachent des insectes. Autre exemple : sa mosaïque imaginée pour le lobby du Mama Shelter rennais, où vagues, phases de lune et galettes de blé noir sont un clin d’œil à la Bretagne et au mosaïste Isidore Odorico, dont plusieurs compositions Art déco jalonnent les rues de Rennes. Inventif, créatif, Baptiste Vandaele bâtit des univers qui lui sont propres et transportent le voyageur, le flâneur, ailleurs. Lorsqu’en 2021, la maison Balsan, fabricant français de sols textiles, l’invite à investir son showroom à l’occasion de la Paris Design Week, le designer graphique transforme alors cet espace en forêt, avec une moquette aux airs de sol automnal. Tout aussi spectaculaire : pour les 30 ans du distributeur de papiers peints Au fil des couleurs, il a imaginé un décor inspiré par les feux d’artifice.

Jeu de construction

© Denisa Dimitri

Tous les supports l’attirent. Y compris les carreaux de ciment. Pour la manufacture aixoise Carocim, Baptiste Vandaele a dessiné une collection baptisée Les petites combines. Signe particulier de cette série de huit carreaux de ciment aux motifs graphiques et géométriques : chacun d’eux peut s’accorder avec les autres, d’où une infinité de possibilités. Ces carreaux de ciment « modulables » se font jeu de construction. « Le jeu de construction : c’était justement le sujet de mon mémoire de fin d’études aux Beaux-Arts de Nancy », se souvient Baptiste Vandaele. Autre corde à son arc : la vaisselle. En 2018, il a fondé sa propre marque, Burning For, dont chaque pièce est fabriquée et peinte à la main. Un travail mené en République Tchèque, avec l’architecte Tomas Cerny et l’atelier de céramique Hrjdejovicka Keramika, référence dans le pays pour ses créations rustiques en grès.

Hermès, Pierre Frey, mais aussi… Monoprix

« J’aime le secteur de l’hospitalité pour sa liberté créative et sa place accordée à l’audace. » Aujourd’hui, Baptiste Vandaele travaille beaucoup pour l’hôtellerie et les espaces dédiés au commerce. Il vient ainsi d’avoir une carte blanche chez Balsan pour une douzaine de dessins colorés, vifs, spontanés, destinés à une collection de moquettes en lés, dalles et tapis. Cette série, déclinée à plusieurs échelles et baptisée Brush, se destine à l’hôtellerie. Mise en scène chez Balsan, à Paris, jusqu’à la fin de l’été, elle le sera également sur le stand du fabricant au salon EquipHotel du 3 au 7 novembre 2024. Autre occasion de rencontrer Baptiste Vandaele – car il aime échanger avec celles et ceux qui portent un regard sur son travail - : les 14 et 15 septembre 2024 à la Cité Fertile, à Pantin, pour le Marché des objets graphiques. « J’ai envie de poursuivre le dessin dans le domaine de la déco », explique-t-il. Alors il lorgne volontiers du côté de grandes maisons, comme Hermès ou Pierre Frey, mais aussi… Monoprix. Pour l’heure, Baptiste Vandaele a amorcé des échanges avec une manufacture alsacienne. Peut-être le début d’une nouvelle aventure et un retour aux sources, « car cette Entreprise du patrimoine vivant se situe  juste à côté de mon ancien lycée ».

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Baptiste Vandaele est aussi ICI.