L’impertinent

Il a le sourire tout le temps. Même lorsqu’il sort d’un rendez-vous « pas facile ». Parce qu’il sait prendre du recul. Relativiser. Une qualité quand on dirige des équipes. Un état d’esprit aussi. D’ailleurs, dès l’adolescence, Michel Delloye ne se voyait pas, plus tard, bosser en solo. Il rêvait d’intégrer une école de cinéma, « pour devenir producteur de films ». Mais ce sera une école de commerce, pour se retrouver aujourd’hui à la tête du groupe Les Hôteliers Impertinents. Ce père de quatre enfants chapeaute désormais deux hôtels – le COQ, doté d’un poulailler, et le Monte Cristo -, ainsi qu’un restaurant avec fumoir – Le Grand Dictionnaire -. Le tout à Paris, où il projette aussi l’ouverture de deux autres établissements d’ici à 2021.

« Mêler des valeurs partagées, mais pas des gens identiques »

Il aime le franc-parler. Pas pour lui, les chichis, manies et manières. Pour son groupe hôtelier, il cultive l’humain et ne recherche pas que de « la technique ». Pour lui, « penser par soi-même » est une clé, au boulot comme dans la vie. Il veut « faire éclore » le meilleur de celles et ceux qui travaillent à ses côtés. Il veut révéler les talents. Un pari. Un défi. Mais ça ne lui fait pas peur. D’ailleurs, de son hôtel COQ – pour Community Of Quality –, voisin de la place d’Italie, il aimerait faire… « des coquelets ». Et donc poursuivre son développement, alors qu’au départ, rien ne le prédestinant à devenir « hôtelier ». Ami de l’éditrice Françoise Verny, quand il était étudiant, il aurait même pu tenter une carrière d’écrivain… Mais, une fois diplômé, il a flirté avec l’informatique, les nouvelles technologies, le conseil. Puis, après la revente de sociétés, il décide de réinvestir : « J’avais le choix entre le secteur du luxe et le tourisme. » Ce sera l’hôtellerie. Une hôtellerie hors des sentiers battus par sa déco, ses décors, l’atmosphère qui y règne. Rien de clinquant, rien d’agressif, beaucoup d’objets chinés, des curiosités, quelques pièces de mobilier sur mesure, des espaces à s’approprier tout au long de la journée et le souhait d’inciter les clients à « vivre leur vie », sans prise de tête. Même quand il parle de créer un club au sein du Monte Cristo, c’est plutôt une dynamique pour mêler les talents, les profils, nouer des liens… Il utilise le mot « club » pour éviter le terme de « communauté », un rien galvaudé. Et l’idée a de l’avenir. La preuve : lors d’un dîner organisé en amont de l’ouverture officielle du Grand Dictionnaire, avec des personnalités qui ne se connaissaient pas, mais qui avaient toutes un rapport avec la revue 1 Epok formidable, une artiste a trouvé une galerie pour l’exposer, l’hiver prochain, à Paris et Hong Kong… Et si Michel Delloye n’essayait que de remettre un peu de spontanéité dans une société qui en manque ? « Mêler des valeurs partagées, mais pas des gens identiques », comme il dit. Rétablir un dialogue, un échange aussi. « Quand on parle mal, on pense mal. Quand on pense mal, on vit mal », ajoute-t-il en citant Nanni Moretti dans Palombella Rossa.

Un dîner une fois par mois, pendant un an…

Enfin, selon la rumeur, un entretien d’embauche avec lui, ça ne s’oublie pas. Car il pousse ses interlocuteurs loin dans leurs positions et autres réflexions. Ainsi, avant de recruter son futur bras droit, Michel Delloye a dîné avec lui une fois par mois, pendant un an. Ça, ça crée des liens… et ça tranche avec les méthodes habituelles de recrutement. L’impertinence, dont Michel Delloye saupoudre son groupe hôtelier, se niche jusque-là. Une impertinence qui se fait finalement pertinence. Surtout à l’heure du « risque zéro », du « copié-collé » et du « politiquement correct ».