Sa vie d’avant, c’était la mode. Collections, défilés, top models, jet lag à répétition, front row, soldes « presse »… Adrienne Ribes a tout connu, tout vécu. Son dernier job dans les médias ? Rédactrice en chef de L’Officiel. Un poste qui en jette dans l’univers du vêtement sous toutes ses coutures. Un petit monde de « modeux » qu’elle connaît par cœur. Et pour cause : avant L’Officiel, elle a enchainé des collaborations avec Vogue, Elle, Marie France, Jalouse… jusqu’à décrocher le titre de « rédac' chef mode » du magazine Grazia. Elle a la presse dans le sang. Une tradition familiale en quelque sorte. Son père, Jean-Paul Ribes, était l’une des plumes d’Actuel, le magazine repris en 1970 par Jean-François Bizot, sale gosse de bonne famille capable de mettre alors l’argent d’un héritage au service de la contre-culture. Deux ans plus tard, Bizot va créer le groupe Nova Press – clin d’œil au Nova Express de William Burroughs -, histoire de mettre un peu d’ordre dans la gestion d'Actuel... Nova - qui deviendra plus tard journal et radio -, c’est là qu’Adrienne Ribes a débuté, avec un DEA de sociologie politique en poche. Ses premiers papiers « mode », traités sous un angle socio-culturel – « on apprend beaucoup sur la mise en scène du corps… » -, elle les rendait au chroniqueur Jean Rouzaud. Pendant ce temps, Bizot poussait les journalistes hors de la salle de rédaction, car un journal, ça ne se fait pas dans un bureau… Adrienne Ribes s’en souvient encore : « Il nous disait : allez zoner ! » Une autre époque.

« J’ai été nourrie au boulgour, avec Brice Lalonde jamais bien loin… »

De la rédaction en chef de "L'Officiel" à cheffe pâtissière...

« Lorsque le Covid et le premier confinement sont arrivés, j’étais déjà en train de réfléchir à ce que je pouvais faire après la presse. Car le métier de journaliste a beaucoup changé… » Adrienne Ribes n’est pas nostalgique quand elle s’épanche ainsi. « Plutôt réaliste », nuance-t-elle en buvant un café au Pain Grillé, le salon de thé de la boutique agnès b., rue du Jour, à Paris. « Partir… pour faire autre chose… Mais pour faire quoi ? Je n’en avais aucune idée. » Le déclic s’est amorcé lorsqu’elle a commencé à préparer des tartes et gâteaux pour l’association Vos Gâteaux, qui les distribuait ensuite aux soignants des hôpitaux parisiens. Elle va se prendre au jeu : « Très vite, j’ai cuisiné pour toute ma famille. » Ses sources d’inspiration : « Le souvenir des pralines roses, des îles flottantes et du pâté de lapin de ma grand-mère. Et pour ce qui est de la food responsable, chez mes parents j’ai été nourrie au boulgour, avec Brice Lalonde et Greenpeace jamais bien loin… » Mère de jumelles, âgées désormais de 18 ans, elle a toujours fait de la pâtisserie. « À la fin d’un dîner, on me demandait la recette de mon moelleux au chocolat ! » L’idée d’une reconversion professionnelle a donc fait son chemin. En 2020, elle rate la rentrée à Ferrandi, mais intègre l’École de boulangerie pâtisserie de Paris. Un changement de cap qu’Adrienne Ribes a vécu comme « un retour sur terre », voire « une cure de désintox’ ». Fini la vie en stilettos et les séances coiffeur-maquilleur. « J’enfourchais mon vélo à 6 heures du matin et j’étais prête à travailler au labo pâtisserie, une heure plus tard. » Avec des stages à la maison Landemaine, chez Sain Boulangerie, jusque dans les cuisines de la présidence du Sénat. « Même si je n’aime pas que l’on me donne des ordres, j’ai apprécié le côté militaire de la brigade, la rigueur, la précision, la justesse d’une pesée. »

« Pour cuisiner chez moi, j’avais mis un second frigo dans l’entrée ! »

Avec son CAP pâtisserie, Adrienne Ribes a créé sa boîte fin 2022. Son nom : Casse Museaux, comme les petits gâteaux d’origine tarnaise… « Je ne voulais pas ouvrir de pâtisserie, ni de salon de thé, car l’investissement de départ est trop lourd. En revanche, j’avais envie de renouveler l’offre catering, en proposant les grands classiques de la pâtisserie, préparés avec des produits issus d’un sourcing local, respectueux de l’environnement. Je travaille avec du sucre complet, de vrais œufs, de vraies épices, du beurre, des farines complètes, des fruits de saison… » Au départ, tout était réalisée chez elle, dans un appartement du centre de Paris. « J’avais mis des meubles dans le couloir, un second frigo et des cagettes dans l’entrée ! » Mais en juillet prochain, quelques jours avant de fêter ses 50 ans, elle va déménager et quitter la capitale. Direction : une maison de famille dans les Yvelines, où elle aura une cuisine nettement plus spacieuse pour installer son matériel de pro. Et côté fournisseurs, ce sera du circuit ultra court. Elle a déjà repéré des fermes voisines et misé sur le potentiel de son potager, en particulier pour les herbes fraîches et les fleurs de sureau. Reste à organiser le service livraison, pour des commandes qui se passent via Instagram ou sur le site Web de Casse Museaux. « J’ai adoré avoir une carte de presse. Aujourd’hui, je vis autre chose. J’ai davantage de liberté, je peux créer, inventer, tester, même si j’ai dû apprendre à faire un business plan et à remplir un tableau Excel. »

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