Ils sont frère et sœur. Nés à Paris, ils ont grandi entre Londres et Bruxelles, avec un père français et une mère belge. Leurs études, cosmopolites elles aussi. Marie d’Hoffschmidt a enchaîné école hôtelière de Lausanne, cursus d’histoire de l’art à l’Institut Sotheby’s à Londres et stage dans la maison de ventes éponyme, au département « mobilier ancien ». Quant à Alfred de Franssu, il a étudié les sciences politiques pendant quatre ans en Pennsylvanie, avant de flirter avec digital, fintech et participer à l’implantation de Deliveroo en Belgique. Les deux profils n’avaient, a priori, pas de points en commun. Sauf un : « Un même regard sur l’artisanat, la mise en avant des savoir-faire et de la transmission », explique Marie d’Hoffschmidt. Une thématique qui a donné envie au duo de travailler ensemble, associer leurs compétences, différentes mais complémentaires. Durant le confinement du printemps 2020, ils ont ainsi posé les bases de Meillart. C’est quoi ça ? Un site de vente en ligne, où se croisent une sélection exigeante d’artisans d’art, créateurs, designers. Ce qui singularise Meillart des plateformes sur ce même thème ? La mise en scène et en images de chaque artiste et artisan. Mots, photos, vidéos expliquent, racontent, détaillent les parcours, savoir et savoir-faire. Le visiteur peut apprécier la précision d’un trait, d’un geste, comprendre une technique, découvrir un atelier… Le premier à avoir dit « oui » à Meillart ? C’est le coutelier Alain Saint-Jouanis. Alfred de Franssu, fouineur et dénicheur, est allé le voir travailler à Thiers. « Aller vers… » : c’est l’étape incontournable pour s’assurer de sélectionner les meilleurs. Ce qui est le cas avec cette coutellerie d’exception, maison familiale labellisée Entreprise du patrimoine vivant et Atelier d’art de France.

Une trentaine de créateurs issus d’une dizaine de pays

« Quand Alfred m’a sollicitée, je lui ai dit de me rappeler lorsque son site serait en ligne. » D’emblée, Gaëlle Pinel était sur la réserve. Designer, installée en Normandie, elle a travaillé près de trois ans aux côtés du créateur de luminaires Tom Dixon, à Londres. Elle aussi est en quête d’excellence. Fille de ferronnier, elle poursuit la tradition familiale en travaillant l’acier. Un matériau qu’elle manie, manipule, dompte, apprivoise pour le transformer en objets et pièces de mobilier intemporels. « Une fois son site finalisé, Alfred m’a rappelée. Il est venu ici, en Normandie, car il voulait tout voir, tout savoir. On a passé l’après-midi à parler. » De quoi mettre Gaëlle Pinel en confiance. Désormais membre de la « famille Meillart », elle a rejoint une trentaine de créateurs issus d’une dizaine de pays. Car Marie d’Hoffschmidt et son frère ne veulent pas cibler que le « made in France ». Leur « vitrine du savoir-faire », comme ils disent, n’a pas de frontières. « Nos clients nous demandent de les surprendre », soulignent-ils. Alors ils vont chercher loin. Jusqu’en Colombie, par exemple, avec les céramiques d’Indigena fine folk art. Mais ils savent aussi dénicher à proximité, à l’image des Savonneries bruxelloises, créées en 1926, approuvées par la famille royale belge et adeptes, aujourd’hui, du zéro déchet.

« Des pop-up stores itinérants à travers le monde »

« Nous apportons le digital sans dénaturer l’univers de l’artisan. » C’est le parti pris d’Alfred de Franssu. Et ça rassure chaque créateur sollicité. Marie Daâge a apprécié l’idée de montrer coulisses et environnement de ses objets en porcelaine peints à main levée. Assiettes, plats, tasses, bols, coupes, soucoupes… ses réalisations se déclinent en 90 collections et 230 décors, à raison d’une à trois couleurs par pièce. Un ensemble qu’elle compare à « une garde-robe haute couture pour la table ». Dessinée à Paris, fabriquée à Limoges ou en Normandie, chaque objet nécessite un « bon d’atelier ». Quant aux 68 couleurs proposées, ce sont des mélanges imaginés par Marie Daâge et dont elle est la seule à détenir les formules.

Même secret de fabrication lorsqu’il s’agit de peindre les décors : « Il faut de la dextérité, un beau geste, voire une certaine virtuosité. »  Le tout avec des outils façonnés « maison » pour être le plus adaptés possible aux créations. Elle a ainsi découpé des pinceaux d’une certaine façon « pour réaliser des effets de matières sur la porcelaine ». Des subtilités qui font la différence aux yeux de Marie d’Hoffschmidt et Alfred de Franssu. Un tandem qui ne projette pas d’ouvrir une « vraie » boutique en plus du site sur le Net. Voyageurs et flâneurs, ils se disent plutôt partants pour « des pop-up stores itinérants à travers le monde ». Pas pour eux le fil à la patte. Aujourd’hui, Meillart tient dans un grand salon d’appartement parisien, proche de la place des Ternes. Rester léger, ne pas s’encombrer, cela convient au frère comme à la sœur. Enfin, à l’ultime question, d’oû vient le nom Meillart, Alfred de Franssu fait le lien entre les mots « meilleur » et « art ». Marie d’Hoffschmidt, pour sa part, évoque la roseraie de sa grand-mère et sa fleur préférée, « la papa meilland ».

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