Lettres… ou ne pas être

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Elle aurait pu être patineuse, infirmière… « mais, toute petite, je me voyais déjà dans l’édition ». Parce qu’elle a grandi dans « une maison-bibliothèque ». « Chez nous, il y avait des livres du sol au plafond, sauf dans la cuisine et la salle de bains », se souvient Héloïse d’Ormesson. Pas un mur de libre et un père -Jean- écrivain… difficile de ne pas choper le virus. « A 6 ans, je prenais des livres au hasard. Je suis tombée comme ça sur Le Capital de Marx ou encore L’Homme unidimensionnel de Marcuse : je ne comprenais rien à ce qui était écrit ! » Suite logique : après le bac, elle s’inscrit en Lettres et termine son cursus à New York, où elle se spécialise en littérature anglaise. Son premier job ? C’était dans une maison d’édition américaine, histoire d’échapper à l’étiquette de « fille à papa » en restant à Paris. « A New York, mon nom ne disait rien à personne. On le trouvait même plutôt exotique ». Là-bas, elle s’initie à la gestion, au marketing, découvre le rôle d’un agent littéraire. A la fin des années 1980, elle rentre en France. Très vite, Flammarion la sollicite pour chapeauter la « littérature étrangère ». Elle va y rester dix ans : « c’est cette maison qui m’a formée ». Autre étape clé de son parcours : ses six années passées à la direction littéraire de Denoël. Puis, sous l’impulsion de son compagnon Gilles Cohen-Solal, elle s’interroge sur la pertinence de créer une agence littéraire, « pour défendre les intérêts des auteurs », mais aussi pour lire des manuscrits, dénicher des talents, servir d’alliée tant à celui qui tient la plume qu’à celui qui publie.

Son père : « c’est le premier écrivain que j’ai rencontré ! »

Finalement, le duo se jette à l’eau et crée, début 2005, les éditions Héloïse d’Ormesson. D’emblée, son approche du métier est singulière : ses bureaux se situent dans le même immeuble du 5ème arrondissement que son domicile et elle investit un autre appartement pour y loger ses auteurs qui viennent de l’étranger. Parce que sa « petite maison », dont elle revendique l’indépendance, se veut avant tout familiale : non seulement parce que depuis 2007, elle publie les œuvres de son père -« c’est le premier écrivain que j’ai rencontré ! »-, mais aussi parce que « des liens d’amitié se nouent entre les auteurs ». Ce qui est rarissime ailleurs. En dix ans, Héloïse d’Ormesson s’est donc fait une place à part dans l’univers littéraire. A raison d’une vingtaine de titres édités chaque année, elle préfère « publier peu pour publier mieux ». Le tout dans un bureau caché au fond d’une cour voisine de la place Monge, d’où on l’aperçoit derrière son ordinateur, épaulée par une équipe ramassée de six personnes. Pas nostalgique pour un sou, elle voit le numérique débarquer sans paniquer et s’amuse de l’audace de quelques blogueurs face à l’hermétisme de certains critiques littéraires : époque formidable ! Un café avant de filer. Ah, au fait, c’est quoi votre livre de chevet ? « Je suis très éclectique. Pour moi, Musso est un scénariste génial, ce qui ne m’empêche pas de lire L’Élégance du hérisson de Muriel Barbery ou La route des Flandres  de Claude Simon ». Résultat : « lors de mon dernier déménagement, je me suis retrouvée avec soixante caisses de livres ». Tel père, telle fille.