Il y a quelque chose de troublant, poignant, émouvant dans la fidélité. Et ce peu importe le contexte : amour, amitié, travail, lieu de vacances ou boulangerie du coin… C’est de fidélité dont parle avant tout l’exposition intitulée « Compagnons de route », à voir jusqu’au 20 juillet à la galerie Jeanne Bucher Jaeger, 53 rue de Seine à Paris. La fidélité d’un galeriste pour des artistes : celle de Jean-François Jaeger pour les talents qu’il a connus, soutenus, suivis. Ces talents s’appellent Nicolas de Staël, Jean Dubuffet, Mark Tobey, Asger Jorn, Youla Chapoval, Maria Helena Vieira da Silva… La liste est longue. Et pour cette expo, Véronique et Emmanuel Jaeger, les enfants de Jean-François Jaeger, ont privilégié les artistes dont les œuvres ont été acquises à la galerie par le Centre Pompidou. Plus subtil encore : l’accrochage fait écho à l’hommage que rend justement le Centre Pompidou – jusqu’en mai 2020 – aux marchands d’art moderne et contemporain, dont la galerie Jeanne Bucher Jaeger fait partie.

Révélation, passeur et claque

« (…) Ne disposant d’aucun pouvoir de création, nous sommes placés aux avant-postes, premiers à subir le choc d’une révélation dans l’atelier ; à l’assimiler en vue d’accomplir notre rôle de passeur (…) » Ces mots sont extraits du préambule du catalogue de l’expo « Dialogue avec des compagnons de route », rédigé en 2000 par Jean-François Jaeger. Il résume bien la claque que peut être une œuvre encore jamais montrée au public et la complicité qui s’établit, peu à peu, entre le « marchand » et le peintre ou le sculpteur qu’il accompagne.

Le visiteur se fait flâneur…

Avec ces « Compagnons de route », le visiteur se fait flâneur. Il déambule entre une nature morte de Staël, qui fait de l’œil à une coupe peinte par Pagava, et une toile d’Asger Jorn accrochée dans le bureau – laissé ouvert – d’Emmanuel Jaeger. Le tout sous la protection de « La Garde des anges », signée Vieira da Silva. Pas la peine d’être incollable en art moderne et contemporain pour venir à la galerie Jeanne Bucher Jaeger. Ce qui prime, c’est l’émotion que les œuvres suscitent. Le visiteur a carte blanche quant à l’interprétation du travail des artistes. Mais s’il souhaite en savoir plus, glaner quelques anecdotes d’époque, l’équipe de la galerie est une source d’informations intarissable et fidèle au passé qu’elle sait si bien recomposer.