A contre-courant

La première fois que je l’ai vu ? C’était du côté de la rue de Babylone, dans un appartement dépouillé, immaculé. Juste avec un bureau blanc, un ordi blanc, une chaise, blanche elle aussi. Thomas Erber m’a reçue les pieds nus. On a papoté. Pas longtemps. Il voulait me voir avant que je ne démarre une collaboration pour L’Officiel Voyage, magazine qu’il venait de créer au sein des éditions Jalou. C’était à l’orée de l’année 2006. Son premier job, après la fac, était donc journaliste. Durant une douzaine d’années, sa signature s’est retrouvée aussi bien dans les colonnes de L’Optimum que dans celles de Jalouse, Vogue Homme International, le supplément lifestyle du Monde… Ses domaines de prédilection : la musique, la mode, le design, les voyages… Tout ce qui donne envie de se lever le matin, pour peu que les choix dans ces domaines soient pertinents et hors des sentiers battus. Ce que sait faire Erber. Son ouverture d’esprit fait écho à son parcours universitaire, sans frontières : de l’éco et de la gestion à Dauphine, du Droit à Sceaux et de la philo à l’université de Montréal.

Presse, clope, patio et soirée Disco Inferno

Aujourd’hui, la presse, il ne la fait plus. Il se contente de la lire. « Des quotidiens essentiellement. J’ai arrêté les magazines. » Comme l’alcool : il n’en boit plus « depuis huit ans ». La clope, par contre, reste une alliée. « Ça vous ennuie si on s’installe en terrasse ? » L’interview a donc eu lieu dans le patio des Bains, son QG parisien, de jour comme de nuit. On lui doit, en effet, quelques moments mémorables rue du Bourg l’Abbé, dont une soirée Disco Inferno pour la promo du jeans « 78 »… Electron libre de l’événementiel et penseur pour inciter à dépenser, Erber gravite désormais entre marques, images de marques, arty shows et l’étonnant cabinet de curiosités, à la fois éphémère et vagabond, qu’il a monté de toute pièce en 2010. Depuis, ce « CDC » se déplace de capitale en capitale. D’abord avec une trentaine de pièces d’artistes et de designers, puis plus d’une centaine, pour revenir à une cinquantaine de créateurs, triés sur le volet, dont les réalisations seront présentées dans un palace parisien à partir de juillet.

Mathias Kiss à Bruxelles, Ben Harper à Los Angeles

Son autre actu : Atelier Relief. C’est quoi, ça ? Une maison à Bruxelles, où artistes et artisans se rencontrent et inventent une autre façon de voir l’image, entre volumes, reliefs et mouvements. Erber parle d’une « méthode », impulsée avec la complicité de Farid Issa. Jusqu’au 13 mai, trois pièces exclusives signées Mathias Kiss, Rollin & Brognon et Ionna Vautrin y sont exposées. Pourquoi Bruxelles ? « Parce qu’une maison à Paris, c’était hors de prix. » Et puis, il y a Kolkhoze et GEYM, deux autres aventures où Erber est impliqué. La première fait la part belle au mobilier d’art du XXIe siècle. La seconde, Go East Youg Man, est une marque de vêtements. Parce qu’il touche à tout ce qui le touche. Quand on lui demande ce qu’il fait dans la vie, Erber esquive. « La question m’angoisse… » Alors il botte en touche : « Ma femme, elle, est photographe… » Si d’aucuns le prennent « pour un branleur », ça le fait marrer, lui qui, gamin, voulait devenir « écrivain ou réalisateur ». Il se voyait alors vivre à Paris. Mais, aujourd’hui, il se projetterait bien à Los Angeles, qu’il préfère à New York : « Mon premier voyage à L.A., c’était en 1997 pour interviewer Ben Harper… J’espère pouvoir y installer le prochain CDC, en 2018. »