Elle a 60 ans. Barbie est née en mars 1959 aux Etats-Unis. Elle doit le jour à Ruth Handler, épouse d’Elliot Handler, le fondateur de Mattel. Depuis, Barbie a eu une famille, des amis, de nombreux accessoires – des chaussures au smartphone, en passant par les lunettes de soleil  -,  des piscines, des voitures, des camping-cars, des yachts même… La liste est longue au fil de décennies durant lesquelles Barbie vit, vibre, s’amuse, travaille, s’adapte, évolue. Elle suit son temps, ses époques, elle les conte, les raconte, les reflète. Tout ça en gardant la ligne, la cheville fine – à peine 3 mm – et des mensurations uniques : 95-45-82.

Des escalators du Bon Marché à une terrasse tropézienne…

Jouet pour les uns, icones pour d’autres, elle a tenu le rôle de mannequin pour Michel Tréhet. « J’ai été son photographe de mode », confie cet ancien des Beaux-Arts du Havre, qui se voyait peintre, mais qui a finalement glissé vers la pub et la photo. « Avec elle, je fais revivre Grace Kelly, Audrey Hepburn, l’univers de la couture, celui du cinéma… » En effet, pour les besoins d’une série de photos, il a choisi Barbie comme égérie. Une poupée qu’il met en scène dans des décors et des atmosphères inspirées des années 1950 et 1960. « D’où le parti pris du noir et blanc », dit-il. De Trouville à Deauville, de Paris à Shanghai, des escalators du Bon Marché à une terrasse tropézienne, il la balade, la pose, la dépose, la fait marcher, déambuler, flâner… Barbie incarne une certaine idée de l’art de vivre, teintée d’élégance, de nonchalance, d’un chic et d’une spontanéité qui ont tendance à s’étioler à l’heure des selfies et de l’effet « instantanéité ».

De poupée-mannequin à « Barbie-tuerie »

Du 16 mai au 15 juin, Michel Tréhet expose une sélection de 60 photos de Barbie pour les 60 ans de la « pop model », dans la galerie Isabelle Laverny, à Paris (27 rue Guersant, XVIIe). L’occasion de découvrir ce travail de mise en scène, à la fois esthétique et graphique, d’une poupée banalisée, dupliquée par millions, qui joue, ici, son rôle premier de poupée-mannequin. Un modèle qui a inspiré le photographe dès 2014. Cette année-là, le théâtre de Trouville était menacé de fermeture. Michel Tréhet s’est alors impliqué auprès du comité de défense du patrimoine de la Côte Fleurie, notamment en immortalisant Barbie se jetant du balcon du fameux théâtre, tel un geste ultime pour protester, elle aussi, contre la disparition de l’institution. La photo fait partie de l’expo parisienne. Son titre : « Barbie-tuerie ».