Quand elle a su que le premier numéro « papier » d’1 Epok traitait du thème de la révolution  – sous diverses facettes -, la photographe Sylvie Becquet m’a dit : « Il faut que tu rencontres mon fils, Boris. » Elle avait raison… Il était le garçon idéal pour un teasing sur la révolution. Le rendez-vous a eu lieu au Select, à Montparnasse. Boris Wolkoff, étudiant en master à HEC, est arrivé avec un grand sac en carton rempli d’archives familiales…

« Je viens d’une famille de Russes blancs. Mon arrière-grand-père paternel était un officier du Tsar. Quant à mon arrière-grand-mère, elle était issue, elle aussi, de la noblesse russe. En 1921, révolution oblige, les deux familles ont émigré vers la France et l’Argentine. Mon grand-père paternel est arrivé en France à l’âge de 11 ans : il vivait assis sur ses valises, dans l’attente de repartir un jour en Russie… La Révolution russe a été un grand traumatisme dans ma famille. On ne racontait rien. Mon père en a plus appris dans les livres d’histoire que de la bouche de ses parents et grands-parents.

Je suis né le 30 mars 1992 à Paris. Mon prénom, c’est ma mère qui l’a choisi, car elle était sensible à l’opéra Boris Godounov. Mais, Boris Wolkoff – les Russes l’écrivent Volkov -, c’est aussi le nom de mon arrière-grand-père… J’ai fait ma scolarité parisienne à Saint-Jean-de-Passy. Au collège, on m’avait surnommé Camarade Boris : pas banal pour un Russe blanc.

Peintre équestre, testament et voyage initiatique

Dès l’école primaire, je me suis passionné pour l’histoire. Ça a commencé avec Napoléon. Puis, je suis tombé sur la Révolution russe. Je n’en ai pas parlé tout de suite avec mes grands-parents. Quant à mon père, il faisait un rejet absolu de cette période. Mais je pense qu’il était content que je m’informe sur ce passé. Ce qui a servi de déclic pour partir faire un voyage en Russie ? Un livre consacré au peintre équestre Nicolas Swertschkoff, offert par ma marraine le jour de mes 17 ans. Et pour cause : en ouvrant l’ouvrage au hasard des pages, je suis tombé sur un tableau représentant mon arrière-grand-père sur un cheval. C’était incroyable. Et ce d’autant que ce portrait est accroché au Musée de la Cavalerie à Moscou. A cela s’ajoute un testament que nous avons découvert, suite au décès d’une tante, selon lequel ma famille possédait des  biens immobiliers à Saint-Pétersbourg… Il fallait partir voir tout ça.

Partir oui, mais à quel moment ? Mes parents ont choisi l’hiver 2017, année du centenaire de la Révolution russe, pour nous emmener, ma sœur et moi, faire ce voyage initiatique. Un voyage de dix jours qui nous a menés à Moscou et Saint-Pétersbourg, deux villes que nous avons découvertes sous la neige. Nous sommes allés au musée, voir le tableau. Quant aux hôtels particuliers familiaux, aujourd’hui ce sont des bureaux.

Il est certain que ce voyage a déclenché quelque chose chez mon père : je ressens, chez lui, une volonté d’effacer le renoncement à son passé. Quant à moi, je n’ai plus qu’une envie : apprendre la langue russe. Car je veux retourner en Russie. Y aller, c’est changer le cours de notre histoire familiale : désormais, là-bas, on ne subit plus, on est acteur de nouveau. »