Sa newsletter arrive chaque fin de semaine. Comme un cadeau. C’est le mail qui me fait le plus… rêver. Pourtant, si je m’intéresse depuis longtemps à l’immobilier, à Paris et ailleurs, je n’ai pas d’affection particulière pour les agences et leurs agents. Plutôt de la méfiance… sauf dans le cas de Patrice Besse. Lorsque je l’ai interviewé au début des années 2010 pour les besoins d’un article destiné à la « presse lifestyle » – comme on dit…-  (de « ça » aussi, je me méfie !), j’ai rencontré un passionné. Passionné par la France, ses terroirs, territoires, terres méconnues et le patrimoine qu’ils abritent. Un passionné qui ne se contente pas de Google pour voir et savoir. Il va sur le terrain : du Bourbonnais aux chemins de traverse bretons, en passant par les bords de Loire… Et il ne vise pas que les châteaux. Ses choix – « je présente ce qui me plaît » – se portent aussi sur des manoirs, maisons de villes et villages, moulins… avec des vues, du caractère, la proximité d’une gare et, le fin du fin : tout n’est pas réservé aux milliardaires. Certaines demeures s’affichent à un prix moindre que celui d’un studio parisien.

Château-musée de Rosa Bonheur, près de Fontainebleau, désormais doté d’une chambre d’hôtes / © Patrice Besse

Adresses secrètes en France et ailleurs…

Discuter avec Patrice Besse, dans son bureau de la discrète rue Chomel, c’est déjà partir un peu. Car il parle de ses dernières virées, ses dernières trouvailles, des « lieux pour séjourner » qu’il ajoute depuis près de deux ans à sa fameuse newsletter. De quoi s’agit-il ? D’adresses secrètes en France et ailleurs, où l’on peut aller dormir une nuit, un week-end ou plus si affinités. La « collection » compte aujourd’hui quelque 230 références, toutes plus séduisantes, attirantes, surprenantes les unes que les autres. Comment les a-t-il dénichées ? « Une centaine de personnes travaillent avec moi pour mener ces recherches. Leur point commun : ils sont tous fous de patrimoine ! Si bien qu’ils ne sont pas forcément des pro de l’immobilier : il y a un ancien poissonnier qui vendait sur les marchés, un infirmier psychiatrique, une éleveuse de chevaux, deux anciens grands reporters… » Après des études de droit, Patrice Besse voulait reprendre une exploitation agricole. Mais l’immobilier s’est peu à peu imposé. D’abord avec des châteaux. Aujourd’hui, « avec des offres pour tous les publics ». Son luxe ? « L’espace. » Avec lui, on est loin des signes extérieurs de richesse et autres phénomènes de mode. En marge des routes à suivre, il ouvre la voie vers des contrées à apprivoiser et les portes de maisons à forte personnalité.

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Ancienne forteresse rénovée, avec chambres d’hôtes, près de Bar-le-Duc / © Patrice Besse

En prime : le billet d’humeur de Patrice Besse pour 1 Epok formidable :

« La cause du Patrimoine est entendue par un public de plus en plus large et pour autant l’avenir d’un grand nombre d’édifices qui le composent est  très incertain. Notre société change, la transmission familiale est de plus en plus incertaine. Les héritages qui arrivent à un âge de plus en plus avancé, les propositions de voyages à bas coûts,  la fiscalité et les règles successorales trop lourdes, autant de facteurs qui éloignent nos enfants de la maison familiale. Face à cela, les grandes villes deviennent de plus en plus difficiles à vivre, nous y sommes trop nombreux, les prix y sont trop élevés. Les pistes cyclables, le mobilier urbain qui tente de nous distraire ne suffisent pas à enrayer un exode urbain que l’on constate chaque jour plus important. L’engouement pour l’écologie, le Bio, la permaculture sont une chance pour les campagnes autant que peut l’être le télétravail. Nos campagnes et nos villages regorgent de bâtiments à bon, très bon marché qui ne demandent pas de fenêtres en PVC ou de haies de tuyas pour s’isoler de son voisin. L’exode urbain est donc possible pour autant que le changement ne s’appuie pas uniquement sur les sempiternelles chambres d’hôtes, organisation de mariages ou de séminaires qui dans le meilleur des cas servent uniquement à payer l’entretien des lieux, mais presque jamais à faire vivre une famille. D’autant que rares sont ceux qui s’imaginent les contraintes liées à ces activités.

Réinterpréter notre patrimoine redonnera vie à nos territoires

Il faut donc inventer de nouveaux modèles économiques. Chez Patrice Besse nous avons constaté que les urbains venant à la campagne et qui emportent avec eux leur métier ou leurs compétences sont ceux qui ont les plus grandes chances de réussir leur reconversion. Le lieu investi devient alors un faire-valoir pour leurs activités professionnelles et pour le moins constitue un environnement favorable pour leur travail. Le prix du m2 permet à un grand nombre de se loger dans de bonnes conditions. La famille est alors réunie et nous pouvons même imaginer garder le plus longtemps possible avec nous nos parents. L’échange inter-générationnel profitera à tous. Nous sommes en Europe les plus grands créateurs de maisons de retraite, les plus actifs constructeurs de maisons individuelles et les meilleurs aménageurs de centres commerciaux. Réinterpréter notre patrimoine redonnera vie à nos territoires et constitue la meilleure réponse à des erreurs urbanistiques qui nous conduisent à une société fracturée et individualiste. Et que nos gouvernants accompagnent ce mouvement ! »

Parc d’un petit « château des champs » du XVIIe, avec 14 chambres, près du Mans / © Patrice Besse