Pour y aller, il faut réserver. Comme une chambre d’hôtel, une table étoilée. On se dit que c’est chic, chouette, on ne sera pas des dizaines devant les photos. Alors on s’inscrit. On choisit une date, un créneau horaire. On reçoit une confirmation par mail.

Fouille à l’entrée, guide et papiers d’identité

Arrive le jour J. Là, on est fouillés à l’entrée, il faut montrer ses papiers d’identité, puis patienter dans un sas où l’on s’aperçoit, avec effroi, que, non, on ne sera pas en solo dans les salles d’expo. Pire : on va se taper un guide. « Est-on obligé de suivre le guide ? » On nous dit non. En fait, c’est oui : interdiction de quitter le groupe. Un peu comme dans Les Randonneurs. Les Pataugas et le sac à dos en moins.

Sosie, fashionisto et vieilles gloires de la mode

Ça se passe comme ça à l’expo Femininities – Guy Bourdin, présentée jusqu’au 6 septembre dans les salons de la maison Chloé, rue de la Baume, à Paris. Pour voir les tirages du photographe, faut d’abord se taper trois étages d’archives, au milieu d’un public qui mêle et mélange sosie de Loïc Prigent, cousin de George Michael – époque Wham !-, fashionisto en tee-shirt Supreme et vieilles gloires de la mode. Alors… on s’est cassés, sans même avoir grimpé jusqu’au deuxième palier. Parce que s’immerger dans l’univers de Bourdin avec autant d’interdits en terme de déambulation, c’est hors sujet. Je préfère de loin aller papoter dix minutes avec un célèbre fleuriste de la rive gauche, qui fournissait Bourdin en bouquets que celui-ci payait en photos, que de me fader le discours ampoulé d’une conférencière tout en Chloé. Je préfère aller refaire le monde avec le sculpteur cinétique Laurent Bolognini, qui a bossé avec Bourdin dans les années 1980, que de suivre une file indienne pomponnée et griffée de la tête aux pieds. En quittant la rue de la Baume, une question s’est imposée : qu’aurait pensé Bourdin de cette farce ?