Histoires belges

Le Bruxelles de Pascale Mussard / suite

« Vous êtes la septième génération… Je ne suis que la sixième… » Pascale Mussard s’amuse à comparer l’ancienneté des maisons. Chez Hermès, elle fait donc partie de la sixième génération à travailler pour l’enseigne familiale, qui a vu le jour en 1837. Qui dit mieux ? Alexandre Helson. A la tête de la maison Dandoy, fondée en 1829, c’est son arrière arrière grand-père qui faisait déjà les speculoos, cakes, pains d’épices et autres langues de chat dans la boutique de la rue au Beurre, à deux pas de la Grand-Place. Ici, les moules d’origine des sujets de Saint-Nicolas sont accrochés au mur. La maison en compte près d’un millier, « que l’on utilise toujours », précise l’héritier. Diplômé d’une école de commerce, Alexandre Helson pensait ne jamais intégrer la firme familiale. Mais la tentation a été trop grande. Impossible de résister ni d’échapper au « spectaculoos speculoos ». Sa méthode pour relever le défi : préserver la tradition tout en étant capable de vendre sur le Net et donner un coup de jeune à la déco des boutiques bruxelloises. Une nouvelle adresse ouvrira, en outre, cet hiver à Anvers et les Parisiens pourront découvrir entre autres le pain grec de la maison Dandoy, au moment de Noël, dans un corner installé au Gourmet des Galeries Lafayette. Au fait, c’est quoi du pain grec ? Un rectangle de pain au lait avec cassonade et cannelle, saupoudré de sucre cristallisé. Curieusement, rien à voir avec la Grèce. Cette appellation vient du patois flamand « grecht », qui désignait une voie d’eau urbaine le long de laquelle les pères Augustins distribuaient du pain aux pauvres au XVIe siècle.

Chauffe-eau, Art nouveau et arbres classés

Gamine, elle se voyait bien architecte comme son père… Car Pascale Mussard est sensible aux bâtiments, édifices, maisons qui témoignent d’un parti pris esthétique, mais aussi de l’histoire et du patrimoine d’une ville. Elle a ainsi ses habitudes au Musée Horta, rue Américaine, où l’Art nouveau est à son apogée. C’est ici que l’architecte belge Victor Horta (1861-1947) a vécu et travaillé. Une maison construite à l’orée du XXe, où il a joué avec les lumières, les volumes et dessiné des pièces de mobilier tout en courbes et rondeurs. A l’époque, la salle de bains avait déjà son chauffe-eau et la table de repas, son chauffe-plat. Françoise Aubry a la clé du musée depuis quarante-deux ans. « J’ai été la première étudiante à vouloir faire un mémoire sur l’Art nouveau à l’Université libre de Bruxelles », raconte la conservatrice de la maison d’Horta. Une visite avec elle, c’est une anecdote à chaque coin et recoin, un commentaire sur les arbres classés du jardin, un autre sur les papiers peints Arts & Crafts d’une chambre… des tas d’histoires dans l’histoire.

Pot-au-feu, poulet-frites et bleu Klein

En quittant le Musée Horta, direction le resto Amen, rue Franz Merjay. « Parce que le pot-au-feu y est excellent », souligne Pascale Mussard. Sauf que l’été, « ce plat n’est plus à la carte », s’excuse Anne-Françoise, la directrice de salle. Pas grave : sardines, entrecôte grillée, petits légumes et café glacé font l’affaire dans cette adresse discrète, où peinture blanche et bois blond donnent le ton. « Faudra revenir le samedi : c’est poulet-frites et mayonnaise maison ! » Promis, on reviendra. Tout comme il faudra repasser chez le chocolatier Laurent Gerbaud, pas encore ouvert lorsque l’on s’est aventurés rue Ravenstein. Du coup, on a changé de cap et pousser la porte du musée des Beaux Arts, situé juste en face : jusqu’au 20 août, il propose une expo consacrée à Yves Klein. L’occasion de voir de près le fameux bleu, mais aussi les nombreuses performances filmées de l’artiste, des photos d’époque, des vues de son atelier situé au 14 rue Campagne Première, à Paris. C’est d’ailleurs devant cet immeuble que Godard fait mourir Belmondo dans A bout de souffle : clin d’œil du réalisateur à son ami Klein…

Hasard des voyages et des rencontres…

Enfin, nos pas nous ont menés sur les traces d’un duo de « singuliers ». A commencer par le sculpteur cinétique Laurent Bolognini, dont quelques pièces ont trouvé acheteurs dans la galerie bruxelloise d’Irène Laub, rue de l’Abbaye. Hasard des voyages et des rencontres : l’ébéniste Constantin Laan, ami du sculpteur par le biais d’1 Epok, est tombé sans le vouloir sur cette même galerie, lors d’une récente échappée à Bruxelles. Il a montré son travail. Et celui-ci semble avoir retenu l’attention de la galeriste. A suivre

Reportage réalisé avec la complicité de Visit Brussels.