Une chambre en ville

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DOUBLE 01En France, on rase des maisons pour en faire des parkings. A Londres, c’est l’inverse. A deux pas de Selfridge’s, en plein Mayfair, un ancien garage avec pompes à essence et laveurs de voitures a été métamorphosé en hôtel 5 étoiles de 73 chambres. Seule la façade du bâtiment d’origine, créé en 1926, a été conservée. Le reste est sorti de terre en septembre 2014. Le résultat ? Il est bluffant. Rien à voir avec un espace épuré à l’excès, ni avec un showroom dédié à l’ego d’un déco. Une fois la porte tambour franchie, on se retrouve projeté quelque part entre les années 1920 et l’immédiat après-guerre. Entre Art Déco et esthétique américaine. Au détour d’un couloir, il ne manque qu’un sosie de Frank Nitti et à la sortie de la powder room, un revival de Gloria Swanson.

DOUBLE 02L’autre légende de Jimmy

C’est donc dans une suite de l’hôtel The Beaumont qu’1 Epok a installé son QG londonien. Beaumont comme… Jimmy Beaumont, un personnage mi aventurier, mi globe-trotter, inventé de toutes pièces par Chris Corbin et Jeremy King, les propriétaires de l’hôtel – et de sept restaurants à Londres -, qui se sont rencontrés dans les années 1970 chez Joe Allen. Tel un jeu, ils ont donné vie à Jimmy et à sa légende : patron d’un hôtel à New York dans les années 1920, Beaumont veut s’éloigner de la prohibition et de la crise qui pointe son nez, pour revenir à Londres, où il était en poste à l’issue de la Première Guerre mondiale. Là, il projette d’ouvrir un hôtel inspiré du Waldorf Astoria, du Pierre et du Stork Club, trois références à Manhattan…

DOUBLE 03DOUBLE 06Voyage dans le temps et mobilier chiné

Retour à la réalité : c’est le cabinet d’architectes ReardonSmith qui a relevé le défi de recréer les années 1920 à l’orée d’Oxford Street. Bois, cuir, marbre, corniches au plafond, rien ne manque pour garantir le voyage dans le temps. Quant au mobilier Art Déco ou autres photos, peintures, sculptures, tout a été chiné par Jeremy King avec la complicité de son épouse, Lauren Gurvich. Ajoutons à cela des jeux de dés et de cartes à dispo dans les chambres, clin d’œil aux tripots chers à Capone.

DOUBLE 04Negroni, club privé et balade en Daimler

Vivre au Beaumont, c’est croiser la route de Quentin au bar américain, ami de Colin Field, le chef barman du Ritz parisien. C’est aussi grignoter un Welsh rarebit à toute heure dans un box du Colony Grill. S’étendre au spa. Se détendre sur le fauteuil du coiffeur et barbier. Boire un Negroni concocté par Adam. Se laisser guider par Paul vers The Cub Room, club réservé aux clients de l’hôtel. Traverser la ville dans la Daimler noire conduite par Colin. Ou encore bavarder avec Jannes, directeur du Beaumont et « citoyen du monde » : de nationalité allemande, il a des origines danoises, parle plusieurs langues dont un français parfait. Et pour cause : il a travaillé au George V et au Bristol, à Paris.

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DOUBLE 05Sas immaculé, chêne fumé et obscurité

Enfin, il faut pousser la porte de la 215. Car, là, on voit, on vit, on sent, on ressent le meilleur de l’Angleterre. C’est-à-dire tout ce que la France n’ose plus ou, quand elle saute le pas, elle s’égare dans le hors sujet. Pire : dans l’ostentation. La suite 215 cache un salon qui s’ouvre sur une salle de bain immaculée, tel un sas de « purification ». Puis, il faut grimper les sept marches qui mènent jusqu’à la chambre. Une chambre imaginée par le sculpteur anglais Antony Gormley, dont les murs et le plancher sont vêtus de chêne fumé. Rien d’autre. Excepté une fenêtre hors de portée et volontairement occultée, pour tendre vers l’obscurité quasi absolue. Au milieu de cette pièce de 12 m2, un grand lit paré de blanc. Se glisser sous les draps relève de l’expérience : Gormley parle d’immersion « à l’intérieur de soi-même… » Mais ce n’est que le début de l’histoire.

DOUBLE 08Sculpture monumentale, invitation et tentation

Place au double effet : la chambre de la 215 se situe à l’extérieur de l’hôtel, au cœur d’une sculpture monumentale posée au-dessus du Cub Room. Gormley a eu carte blanche pour cet exploit tant artistique que technique. Sa sculpture de 10 mètres de haut, baptisée Room, représente l’artiste assis, la tête posée sur les avant-bras. A ses pieds : la Daimler, briquée, astiquée, rutilante, prête à sillonner les rues de la ville. Une autre invitation au voyage. Et 1 Epok va céder à la tentation. A suivre

Retour à l’épisode précédent.

The Beaumont : Brown Hart Gardens, Mayfair, London W1K 6TF. Sur le Net : www.thebeaumont.com / 1 nuit pour 2 à partir de 395£ (500€).

Echappée belle de l’autre côté de la Manche menée avec Visit Britain (www.visitbritain.com) et Exclusif Voyages (wwww.exclusifvoyages.com).