Je l’ai connue lorsqu’elle était éditrice de programmes à La Cinquième. C’était en 1994. Sylvie Pierre, alors recrutée par Jean-Marie Cavada, a chapeauté pendant quatre ans des émissions dédiées à la santé, où officiaient Igor Barrère et Michel Cymes. Je l’ai retrouvée au hasard d’un réseau social, d’un café du côté de Sèvres-Babylone et on a encore parlé télé. Parce que Sylvie Pierre, ancienne assistante sociale dans les Vosges – « où il fallait aider les personnes en difficulté dans une région touchée de plein fouet par le chômage » -, occupe désormais le poste de maître de conférences en sciences de l’information et de la communication (SIC) à l’Université de Lorraine. L’intitulé de son labo : Centre de recherche sur les médiations (CREM). Très sérieux tout ça. Oui, mais ça ne l’empêche pas de signer des papiers dans la revue Schnock, dès que Christophe Ernault a besoin d’un texte sur Pierre Tchernia ou Dali vu par Jean-Christophe Averty. Car elle est calée en histoire de la télé : « J’ai fait ma thèse sur Jean d’Arcy. » Rappel à ceux qui n’ont pas connu le petit écran à l’heure du noir et blanc : Jean d’Arcy est  considéré comme le père fondateur de la télévision française dans les années 1950. « Sa veuve, Manuela d’Arcy, m’a remis un fonds important, composé de notes manuscrites, correspondances et documents de travail de l’ensemble de sa carrière », confie Sylvie Pierre. Un sacré trésor.

Puis, au gré des rencontres, elle va croiser aussi la route de Jean-Christophe Averty : « C’était en 2012, il m’avait donné rendez-vous dans un bistrot qui ne payait pas de mine près de la gare de l’Est, à Paris. » Ils sympathisent. Il lui suggère de faire « un livre sur votre serviteur » : « C’est en ces termes qu’il m’a proposé d’écrire sa bio », raconte Sylvie Pierre. Vont suivre trois années d’échanges, d’interviews, de discussions aussi bien sur le jazz qu’à propos des surréalistes : « Averty avait connu tout le XXe siècle. » Pour les besoins du livre, elle a vu « toute l’œuvre d’Averty », analyser « son fonds d’archives personnelles ». Bilan de l’investigation : elle pense qu’elle n’a pas encore tout dit de lui, tant l’homme – passé par Louis-le-Grand et l’Idhec – était cultivé, curieux de tout, créatif, inventif, instinctif.

 

« Le savoir est profondément lié au plaisir »

 

Aujourd’hui, Sylvie Pierre s’intéresse au « parcours citoyen » et autre « parcours de santé », avec l’œil de l’universitaire et la sensibilité de celle qui a fait de la télé pour « faire savoir ». « Actuellement, j’interroge la manière de transmettre aux enfants les valeurs d’un vivre ensemble fondé sur le respect de l’autre, la tolérance, l’écoute », explique celle qui pousse les jeunes à « développer leur sens critique » et collabore à The Conversation. En marge de cela, elle continue de poser un regard sur le petit écran. Avec les lunettes du chercheur et celles de la spectatrice : « Je regarde Arte, C’est dans l’air, quelques séries sur Canal + et des films en replay. » Mais cette fan de jazz – « je suis bénévole au festival Parfum de jazz, chaque été dans la Drôme » – lit aussi beaucoup : « Je me plonge dans plusieurs ouvrages chaque semaine ». Parce qu’elle n’a de cesse d’apprendre, découvrir : « En arrivant à La Cinquième, je me suis formée au journalisme et j’allais sur les tournages de  Qui Vive et du Magazine de la santé, pour voir, pour savoir. » Si bien qu’elle reprend à son compte ces propos de Michel Foucault : « La première chose que l’on devrait apprendre est que le savoir est profondément lié au plaisir. »