Surfer sur l’actualité. Jusqu’au 4 mai, c’est ce que fait la galerie Jeanne Bucher Jaeger, à Paris. En marge du mois du dessin et en guise de clin d’œil aux 50 ans du premier pas de l’homme sur la lune, elle propose une expo intitulée ATMO(SPHÈRES), où une multitude  de sphères ont le papier comme matière première. Une complicité affichée. Et des œuvres accrochées ou posées qui vont de 1919 à 2019, presque comme cette galerie iconique de Saint-Germain-des-Prés, qui a d’abord ouvert en 1925 rue du Cherche-Midi, passé une douzaine d’années à Montparnasse, avant de rejoindre la rue de Seine. Une balade rive gauche, puis rive droite depuis dix ans (5 rue de Saintonge), menée au fil de trois générations. Une histoire de famille aussi – celle des Jaeger -, qui sait transmettre et tisser des liens. Un peu comme la quinzaine d’artistes exposés jusqu’au 4 mai. Ils ne sont pas tous de la même époque, les générations diffèrent, mais leurs œuvres semblent dialoguer entre elles.

Œuvres « cosmiques », portfolio et ultime fantaisie

Ainsi l’incroyable Machine of Entangling Landscapes VI, sorte de créature céleste signée Rui Moreira, artiste portugais né en 1971, semble répondre aux collages de Mark Tobey, disparu en 1976. Quant  aux œuvres « cosmiques » de  Zarina, née en Inde en 1937, elles font écho à l’audace de l’artiste contemporain israélien Ohad Tsfati, qui travaille le papier en extérieur jusqu’à le faire ressembler à une écorce, écorchée, colorée, vivante. Et puis, il y a ceux du passé. Ceux qui, autrefois, avaient leurs habitudes dans la galerie. Ils en ont poussé la porte. Ils se sont installés sur telle chaise, ils ont posé leur manteau sur telle autre. A l’instar de Fernand Léger, présenté à la galerie en 1937. Sa Composition avec figures de 1919 côtoie, voire tutoie, le dessin original du Système de Monnaie Solaire de Marx Ernst, dont le portfolio L’Histoire naturelle a été publié en 1926 par Jeanne Bucher. C’est troublant et touchant à la fois. La visite se fait poésie, mais aussi voyage dans le temps et dans un espace loin des bruits de la ville. Avec cette ultime fantaisie, juste avant la sortie : une gouache sur papier de 1927, signée Miro, qui servait de page de fin au premier livre illustré en couleurs de l’artiste espagnol.

Galerie Jeanne Bucher Jaeger : 53 rue de Seine, Paris 6e / www.jeannebucherjaeger.com