Regards complices

Marlowe fait office de comité d’accueil. C’est lui qui reçoit. Joueur, le Lagotto sautille, frétille, fait le beau. Puis, il cède et concède le devant de la scène à ses maîtres, Stefania Di Petrillo et Godefroy de Virieu. C’est dans un atelier de la rue Campagne Première – à deux pas de celui occupé autrefois par Yves Klein – que le duo de designers a élu domicile. Un quartier qu’ils habitent depuis leur rencontre à l’École nationale supérieure de création industrielle (Ensci). « J’étais en Erasmus », confie Stefania Di Petrillo. Née à Parme, elle suivait un cursus au Politecnico de Milan. Mais, une fois diplômée, elle a rejoint son complice à Paris. Le couple n’a pas travaillé ensemble tout de suite. Lui, a démarré une association avec le photographe Rip Hopkins : « Nous allions à la rencontre d’artisans pour leur proposer de repenser la forme d’un de leurs produits, lui créer un emballage, un site Internet… » La démarche sortait des sentiers battus. Surtout à l’orée des années 2000. Le tandem Virieu-Hopkins se fait repérer. La petite brosse qu’ils intègrent au savon de Marseille fait mouche. Tout comme leur découpe géométrique du papier d’Arménie, pour une meilleure combustion de celui-ci.

Bacsac en stock, petit h et Comédie-Française

De son côté, Stefania Di Petrillo, lauréate du concours Design Pyrénées 2005, entre en résidence à Nontron, deux ans après Godefroy de Virieu. Là, elle s’immerge dans les ateliers d’une dizaine d’artisans, planche sur le thème « contenu-contenant », tisse des liens entre design et métiers d’art. De cette expérience naîtra une ligne de vaisselle et « mes premiers pas vers le statut de designer indépendant ». Parallèlement, elle va rejoindre le bureau de la direction artistique de Daniel Rozensztroch – « un obsessionnel de l’objet et une mine de connaissances » – avec qui elle a collaboré pendant trois ans. De façon concomitante, Godefroy de Virieu s’associe avec les paysagistes Virgile Desurmont et Louis de Fleurieu pour créer Bacsac. Le concept ? Comme son nom l’indique, ce sac souple, léger, résistant, fait office de bac à plantes ou à fleurs et se décline en différentes formes et tailles. Simple et… efficace : Merci en prend tout un stock. Le succès est immédiat et les créations Bacsac s’exposent en 2009 au salon Jardins Jardin, aux Tuileries, en même temps que la table inspirée du panier à pique-nique, réalisée par Stefania Di Petrillo lors de sa résidence à Nontron. « Nos univers se croisaient. Il y avait alors du sens à travailler ensemble », raconte la designer. Ce sera notamment pour Nature & Découvertes, la boutique de la Comédie-Française ou encore petit h, « laboratoire de recréation » de la maison Hermès. Pascale Mussard, alors directrice artistique de petit h, leur demande de « porter un regard sur le travail des artisans au sein des ateliers Hermès », explique Stefania Di Petrillo. « La matière a été notre source d’inspiration pour le carnet d’idées que nous avons présenté », ajoute Godefroy de Virieu. Ils seront les premiers designers à concevoir des objets pour petit h. Dix ans plus tard, ils sont une centaine dans ce cas et, depuis janvier 2018, Godefroy de Virieu a succédé à Pascale Mussard. Une transmission de témoin, bien plus qu’une passation de pouvoir. Et surtout la poursuite d’un même regard sur la création, d’une même curiosité et d’un même intérêt pour les objets. Des objets que le duo Virieu-Di Petrillo chronique depuis 2015 dans les colonnes du M, le magazine du Monde. La rubrique s’intitule « Objet trouvé » et évoque aussi bien la scie que la pince, l’arrosoir, le crayon à papier ou le couteau. Des outils du quotidien. A l’instar de ceux que Stefania Di Petrillo et Godefroy de Virieu ont imaginés pour la Quincaillerie que vient d’ouvrir petit h dans la boutique Hermès de la rue de Sèvres, à Paris. Suite logique. Boucle bouclée. Et complicité approuvée par… Marlowe.