Le thème de la disparition serait une source d’inspiration comme peuvent l’être la liberté, la solitude, le temps, autrui… Il s’avère qu’en l’espace de quelques semaines seulement, j’ai été confrontée à deux auteurs pour lesquels la disparition a été à l’origine, pour le premier d’un film et d’une bande originale, pour le second, d’un roman. Le plus troublant : dans ces deux histoires, chacun évoque un cas de disparition inexpliquée qui s’est réellement passé. Rien n’est inventé. Faut-il y voir chez ces deux auteurs, une certaine fascination pour ces êtres à part, capables du jour au lendemain de s’évanouir dans la nature, ne plus donner « signe de vie » ? Ils ne m’ont pas répondu sur ce point. Mais tout est possible…

Everett Ruess, Kerouac et Martin Eden

Le premier avec lequel j’ai échangé à propos des « portés disparus », c’est le journaliste et musicien Emmanuel Tellier. Et pour cause : il s’est intéressé au cas d’Everett Ruess, poète, illustrateur, né en 1914 à Los Angeles et disparu à l’âge de 20 ans, sans laisser de traces, dans un désert du Sud de l’Utah, quelque part entre le fleuve Colorado et des territoires navajos. Il aimait « faire la route », façon Kerouac pour les uns, Martin Eden* pour d’autres. A moins que ce ne soit un mix des deux…

Sortir des radars, sans un mot, sans une explication

Le second qui a également planché sur la disparition, c’est le romancier Philippe Vilain. Il était hier soir en dédicace à la librairie L’Ecume des pages, boulevard Saint-Germain. Il y avait foule. Des fans, des femmes, des curieux. Tous sensibles à la démonstration de Vilain dans son livre Un matin d’hiver (Grasset). Car c’est un « beau » matin que Dan, universitaire sans défaut apparent, quitte femme et enfant pour un voyage dont il ne reviendra pas. Il disparaît, sort des radars, sans un mot, sans une explication. Vilain déroule alors les fils et ficelles de l’absence, la vie « sans lui », la survie au milieu des regards interrogateurs et de cette difficulté à se projeter, à oser passer à autre chose, à apprivoiser le quotidien avec un fantôme. C’est juste, brillant, efficace et nouvelle preuve, finalement, de l’effet pansement du temps qui passe.

*J’ai appris récemment que « Martin Eden », le chef d’œuvre de Jack London, était le livre de chevet de Patrick Dewaere…