Il aurait dû être architecte. Il a fait les études pour. Aux Beaux-Arts, à Paris. « J’ai toujours aimé dessiner et j’avais choisi ce métier pour les dessins qu’il y avait à réaliser », raconte Jacques de Loustal. Il a d’ailleurs travaillé en agence d’architecture, en marge de ses cours et durant sa « coopé » au Maroc. A son retour à Paris : « Personne ne m’attendait en archi. » En archi, non. En BD, oui. Et ce d’autant qu’il collaborait à Cyclone et Rock & Folk. Mieux : il avait déjà publié trois albums, dont les New York Miami et Clichés d’amour, avec son complice Philippe Paringaux, rencontré justement à la rédac’ de Rock & Folk. Et du rock, il en reste des traces dans l’actuel atelier de Loustal, à deux pas du métro Stalingrad : « J’ai tout Bryan Ferry. J’ai tout Alice Cooper… » Et une collection de six mini guitares électriques accrochées au mur. Ça calme.

De Métal Hurlant à Un monde sans pitié

Ses débuts dans la bande dessinée remontent donc à l’orée des années 1980, âge d’or des magazines Pilote, L’Echo des savanes, Métal Hurlant. « (À suivre) démarrait, se souvient Loustal. Là, ça a obliqué… » Son job, c’était la BD. Matin, midi et soir. « Les choses étaient excitantes à l’époque. C’était fini les histoires de pirates et de cow-boys. On était libres. Les éditeurs donnaient leur chance à certains dessinateurs qui n’avaient pas le niveau des grands maîtres. » Loustal fait un parallèle « avec ce qui se passait au même moment dans le mouvement punk ou le cinéma d’auteur ». Puis, il parle d’un « effet boule de neige » : en plus des dessins pour la presse, des albums pour l’édition, on lui a proposé de bosser pour la pub, illustrer des couvertures du prestigieux New Yorker, concevoir des affiches de cinéma… à l’instar de celle du premier film d’Eric Rochant, Un monde sans pitié, sorti en 1989. De dessinateur, Loustal a glissé naturellement vers l’illustration, puis la peinture. Ses toiles sont représentées par la galerie Huberty & Breyne, à Paris et Bruxelles. Mais il continue d’entretenir « un rapport entre l’image et le texte » : « Ça me passionne. J’aime les mots et les styles. » Il a illustré des écrivains tels Jérôme Charyn, Tonino Benacquista et même, en 2011, un texte inédit de Jean-Patrick Manchette : «  C’était un livre pour les enfants, Asdiwal, l’indien qui avait faim tout le temps (Gallimard) . Car Manchette voyait peu son fils et il lui écrivait des histoires pour que sa grand-mère les lui lise. »

Du Passager clandestin à Bijou, bijou

Aujourd’hui, Loustal poursuit un travail au long cours autour de l’œuvre de Georges Simenon. Alors qu’il a illustré Le Passager clandestin (Omnibus), à paraitre le 22 novembre prochain, il  vient de terminer le dessin de couverture de chacun des dix volumes de l’intégrale Maigret, qui ressortira en 2019 pour le 30e anniversaire de la mort de l’écrivain. A cela s’ajoute Oscar et la baleine carrée (Les Arènes), un livre pour enfants – « ma récréation » – fraîchement arrivé en librairie, ainsi qu’une soixantaine de panneaux de signalisation pour la Haute-Savoie, la Savoie, la Drôme et l’Isère, commandés par la société d’autoroute APRR. Ça tombe bien : Loustal aime voyager. Il compile d’ailleurs ses photos de paysages, voitures ou architectures, dont il s’inspire pour des dessins, dans de petits cahiers édités par Alain Beaulet. Enfin, retour au rock : Loustal planche sur une BD à paraître chez Casterman en 2019, avec Fred Bernard au scénario : « C’est l’histoire d’un diamant que l’on suit sur un siècle, jusqu’à la mort d’Alain Bashung, Bijou, bijou oblige… »