Vies de château

bL’ouverture d’un restaurant imaginé par Alain Ducasse est toujours un événement. Une curiosité. Lorsque les premières rumeurs ont couru, cet été, sur la création en septembre d’une table signée Ducasse dans le château de Versailles, le gratin de la gastronomie était dans les starting-blocks. Une virée en RER C s’imposait… 1 Epok a eu la chance de pousser la porte de ce restaurant à une heure où le chef se prépare au coup de feu de midi, où verres et couverts commencent à être installés. Histoire de sortir de la chronique de resto classique, le parti pris de ce post est de procéder à un étonnant parallèle entre la magie d’Ore – « bouche » en latin -, c’est le nom de cette nouvelle « adresse Ducasse », et l’expo consacrée à l’artiste danois Olafur Eliasson dans le château et les jardins de Versailles (jusqu’au 30 octobre). Car les formes, les lumières et une fantaisie teintée de poésie semblent se répondre.

Clins d’œil au passé et salons avec vue

cC’est dans le pavillon Dufour qu’Ore a vu le jour. En étage et dans trois espaces aux atmosphères différentes, où se mêlent clins d’œil au passé, subtilité architecturale – Dominique Perrault est passé par là – et fonctionnalité pour faciliter le travail en salle et en cuisine. On aime les grandes fenêtres qui donnent sur cour royale et cour d’honneur. Et si on leur tourne le dos – ce qui peut-être le cas dans les salons -, un jeu de miroirs permet malgré tout de profiter de la vue.

Décor teinté or et miroirs mobiles

d« Il est l’or, Monsignor… » Comme dans La folie des grandeurs et à l’instar de Versailles, Ore se pare d’or. Déco et décor adoptent la teinte, qui se décline selon le matériau – laiton ou alliage de cuivre et de zinc – dont elle s’empare et l’intensité de la lumière naturelle. Une prouesse que l’on doit à l’Atelier de François Pouenat, qui s’est inspiré des dessins de Gaëlle Lauriot-Prévost pour créer consoles d’accueil, plateaux des tables, le bar et son vaisselier. Même envie de rendre hommage au Roi-Soleil du côté d’Olafur Eliasson. Les miroirs circulaires qu’il utilise pour Solar Compression, exposée dans la salle des Gardes du Roi, sont à la fois double-faces, convexes et mobiles. En tournant sur eux-mêmes, ils laissent surgir une source lumineuse et renvoient l’image du lieu tout autour du visiteur : effet bluffant.

Coquillettes jambon, « Paris-Versailles » et cuisine du XVIIIe

eOre se veut « café à la française » en journée. Du petit déjeuner à l’heure du thé, on se laisse tenter aussi bien par un millefeuille, une religieuse, un « Paris-Versailles » que par les fameuses « coquillettes jambon, Comté et truffes noires », le pâté en croûte, le suprême de pintade ou encore le lieu jaune et ses pommes de terre de Noirmoutier. Le tout concocté sous l’œil vigilant du chef Stéphane Duchiron. Le soir, en revanche, tout s’inspire des atours de la vie à la Cour : des arts de la table – la vaisselle provient de l’ancienne manufacture royale de Limoges – jusqu’aux mets, avec une réinterprétation de la cuisine du XVIIIe. « On monte très haut en saveurs, en produits, en service », confie le chef. Pour voir et goûter, il faut privatiser le lieu. Car la grille du château est fermée à l’heure du dîner. On peut la rouvrir, mais le tour de clé a un prix qui ne s’obtient que « sur demande ».

Lustres, fraise et cercles lumineux dans la Galerie des Glaces

fLe traitement de la lumière n’a rien d’anodin non plus dans l’univers d’Ore. Imaginés par Gaëlle Lauriot-Prévost, les lustres trouvent leur origine à la fois dans la fraise, pièce clé du costume en France jusqu’au début du XVIIe, et dans le bâton de commandement. Une verticalité et une luminosité à rapprocher de la pièce d’Eliasson baptisée Your Sense of Unity. Installée à l’extrémité de la Galerie des Glaces, ce miroir géant se compose de plusieurs cercles lumineux qui, selon l’emplacement du visiteur, se reflètent à l’infini dans les miroirs de la longue galerie. Une sorte de labyrinthe… sans issue ?

Emblème solaire, demi-lune et fascinante cascade

gLe jour, Ore se veut emblème solaire. Le soir, place à la demi-lune sur fond noir. Pierre Tachon signe cette identité visuelle où sobriété et simplicité sont de mise. Une certaine approche de la pureté et de la légèreté qui peut faire écho à la fascinante cascade (Waterfall) qu’Eliasson a installée en amorce du Grand Canal. Une chute d’eau qui semble venir du ciel, comme par miracle. Le secret de l’effet produit ? Une grue, de l’eau, de l’acier inoxydable, un dispositif de pompage et le tour est joué. Attention : le spectacle n’est visible que de 11h à 12h30, puis de 15h à 18h30. Il reste une semaine pour aller voir – faute de pouvoir boire – cette… eau de vie.

Ore : 01 30 84 12 96. Du mardi au dimanche. Basse saison : de 8h à 17h30 – Haute saison : de 8h à 18h30.

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