La pythie de Saint-Ouen

OLWEN

« Je suis d’origine viking ». Le ton est donné. Olwen Forest a beau avoir sillonné le monde, elle n’en oublie pas son Yorkshire natal : « je suis de la même région que les sœurs Brontë ». De son enfance, elle se souvient d’une campagne anglaise verdoyante qui côtoyait le gris des usines. Un contraste qui lui inspirait alors quelques aquarelles. Mais c’est la danse qui la guide à l’adolescence. Repérée par un chorégraphe américain à l’âge de 15 ans, elle quitte l’Angleterre pour les Etats-Unis. A New York, elle intègre un ballet de danse moderne avec lequel elle part en tournée. L’aventure commence. Puis, place au conte de fées : lors d’une escale, elle rencontre son mari, acteur de théâtre. Il est français. Elle le suit jusqu’à Paris. Une nouvelle vie ? Elle danse encore, puis amorce une carrière de mannequin. Elle voyage à nouveau, croise des stars, navigue « entre glitter et glamour ». Un univers à part, où elle se découvre une passion pour les bijoux, qu’elle compare aux « bonbons colorés » de son enfance. Ses époques de prédilection : les créations des années 1930 jusqu’aux années 1980. Avec une attirance pour la période Art Déco, « où les esprits se libèrent, les femmes osent, la mode s’impose. On voit émerger une nouvelle façon d’être et de paraître ». C’est dans cet esprit qu’elle va exposer ses premières collections de pièces d’exception aux puces, à Serpette.

Des liens entre les bijoux inspirés des machines, le jazz de Stan Kenton et le punk des Sex Pistols

Chineuse, curieuse de tout, à l’affût des histoires et anecdotes qui se cachent derrière la moindre broche ou bague, Olwen Forest veut apprendre pour mieux surprendre. Et ça marche. Ça plait. Ses mises en scène attirent. A l’instar de cette série de « bijoux de provocation », où elle avait mêlé créations surréalistes d’Elsa Schiaparelli, croix Renaissance portée aussi bien par Coco Chanel que Madonna, ou encore bijoux de la « punk rebellion », où l’on s’emparait -pour mieux se parer- d’épingles à nourrice, écrous, boulons, clefs, chaînes et autres bandes de cuir incrustées de pics et clous métalliques. Shocking ? Pas pour Olwen Forest, qui s’amuse de ces associations. Dans une expo baptisée « Magic Mecanic », elle avait même établi des passerelles entre bijoux inspirés des machines et le jazz de Stan Kenton, le punk des Sex Pistols, le rock des groupes de « heavy metal ». Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? La pythie de Saint-Ouen acquiesce : « un bijou a toujours une histoire à raconter », confie celle que l’on vient consulter de loin, tel un oracle, pour dénicher la perle rare. L’objet insolite, unique. La curiosité. Telles que les créations de Joseff of Hollywood pour Garbo, Dietrich ou Monroe… « On peut parfaitement en faire usage aujourd’hui », assure la collectionneuse. Ça laisse rêveur. Face à l’audace de certaines pièces, on s’interroge : dans notre époque si formidable où fumer, boire et rouler vite relèvent du zéro de conduite, qui oserait encore porter les « cleavagels » qui cachaient les seins de Olivia de Havilland du temps de Robin des Bois ?

Olwen Forest : Marché Serpette, allée 3 – stands 5, 6 et 7. Tél : 01 40 11 96 38. Site : www.olwenforest.com