« Je le connais depuis tout petit. Je voulais travailler avec lui depuis longtemps… » Quand Carlos Sicilia parle de François Halard, il y a de l’émotion, de l’admiration, du respect. Quand l’« art curator » de la maison Liaigre évoque le travail du photographe, il n’emploie pas le mot « déco » – trop banal, trop galvaudé -, mais plutôt « décors », « accords », « univers ». Car Halard aime les intérieurs. Il les immortalise avec un regard à part, un œil de passionné. Etant lui-même collectionneur, il affectionne les objets, les détails, sans jamais surcharger, en gommant l’inutile, le futile, pour mieux montrer l’essentiel.

Le studio de Saul Leiter, NY, 2015. © François Halard

Chez Giorgio Morandi, Saul Leiter, Julian Schnabel…

« Il y a une relation à l’intime dans son travail, explique Carlos Sicilia. Il arrive à saisir l’âme des propriétaires des lieux qu’il photographie. » C’est vrai : Halard excelle dans l’expression du « hors-cadre ». Ses images d’ateliers ou d’espaces désertés en disent long sur ceux qui y vivent, mais qu’on ne voit pas. Lorsqu’il nous emmène chez les artistes Giorgio Morandi, Saul Leiter, Julian Schnabel ou Cy Twombly, on devine la présence de l’un, on imagine les gestes d’un autre. Ils sont là, sans y être. Seules quelques œuvres, matières ou traces les évoquent. Une sorte de portrait « par défaut », comme dit Carlos Sicilia, commissaire de l’expo « Correspondances », qui réunit une sélection de photos signées Halard. Correspondances entre les images elles-mêmes, entre les intérieurs photographiés, mais aussi avec la maison Liaigre. Car l’accrochage est réalisé dans la boutique du Faubourg-Saint-Honoré. Une première invitation artistique pour Liaigre, dans son atelier en étage, pourvu d’une verrière. Une première carte blanche aussi, donnée à un créateur sensible aux intérieurs comme à l’architecture.

Maison de verre, 2007. © François Halard

« Le respect du naturel et de l’instantané »

Les lignes et la rigueur qui émanent de la Maison de verre de Pierre Chareau, de la Villa Noailles de Robert Mallet-Stevens ou de la Casa Malaparte d’Adalberto Libera sont également des sources d’inspiration pour Halard. Avec lui, pas de « retouches » – ce (gros) mot ne doit même pas faire partie de son vocabulaire -, juste « le respect du naturel et de l’instantané », souligne Carlos Sicilia. Il ajoute : « Ce qui donne beaucoup de poésie dans le résultat. »

Exposition « Correspondances », du 28 juin au 4 octobre 2019, chez Liaigre : 77 rue du Faubourg Saint-Honoré, Paris 8e. Du lundi au samedi de 10h à 19h.

La main de Picasso, Arles, 2018. © François Halard