« Je suis à la bourre total ! » Olivier Brault vient d’envoyer ce SMS. Sa Kangoo est en réparation dans un garage à Nation : « Elle devait être prête depuis 24 heures… » Il n’aime pas l’imprévu qui bouscule l’organisation de son travail, de ses commandes, de ses rendez-vous. Une rigueur qui lui vient de l’Ecole hôtelière de Paris, dont il est sorti troisième de sa promo en 1999, mais pas de l’armée qu’il a faite… deux mois seulement. « Un soir, dans le dortoir, on a jeté mon lit par la fenêtre en pensant que j’étais dedans… » Il avait 22 ans. Il est rentré chez lui, « en PATC » : « Permission à titre de convalescence ». « Etre différent, c’est être coupable », a écrit Gabriel Matzneff. Olivier Brault est différent. Fleuriste le jour, il devient Lady Carbone le soir venu. Un double « je » qu’il vit bien, très bien même. Il se souvient du vrai faux mariage de Carbone et Figaro – «  un ami chanteur lyrique » -, un soir au Cox, rue des Archives : « J’étais maquillé, habillé couleur crème, je portais un voile et une perruque avec des roses blanches. Après le dîner, j’ai dormi un peu et, à 4 heures du matin, je suis parti au marché de Rungis en tenue de garçon, mais en gardant le maquillage… Ça les a fait marrer au pavillon des fleurs ! »

« Je mettais des vases dans ma baignoire, faute de place »

Les fleurs sont entrées dans sa vie « par hasard ». Car, de 2000 à 2005, suite logique de son cursus, il occupait des postes liés à l’événementiel dans le secteur de l’hôtellerie parisienne. C’est en préparant la privatisation d’une terrasse, porte d’Auteuil, en marge du tournoi de Roland-Garros, qu’il a croisé la route d’une fleuriste, chargée de décorer le buffet. Ils sympathisent. Il quitte l’hôtellerie. Elle l’embauche. Et, de fil en aiguille, elle lui confie le commercial et l’événementiel de son enseigne. En 2008, Olivier Brault récupère même la direction d’une boutique de 80 m2 rue Washington, à deux pas des Champs Elysées. « J’ai tout appris dans des livres et surtout sur le tas, en faisant des bouquets toute la journée », raconte-t-il. En 2010, il s’installe à son compte, baptise sa boîte BO design fleural et crée « des compositions sur commande, pour une clientèle qui vient par le bouche à oreille ». L’aventure débute d’abord chez lui, « où je mettais des vases dans ma baignoire, faute de place », puis dans un atelier au métro Télégraphe, transféré aujourd’hui à deux pas du Père Lachaise. Sa présence sur le Net : « Je vais prendre un community manager, car je dois poster à la fois sur mon travail de fleuriste et sur Lady Carbone… ça me prend trop de temps. »

« Lady Carbone est née en 2014, le soir de la gay pride, dans un resto de la rue Rambuteau »

Ses nuits sont courtes. Il ne dort parfois que deux ou trois heures. Car il faut enchaîner les deux vies, avec un sas de métamorphose de deux heures et demi. C’est le temps qu’il lui faut pour se maquiller. Ses vêtements ? « Je les trouve à Pigalle, à Barbès, dans les costumes des écoles de danse. » Le couturier Eymeric François lui confectionne aussi des tenues sur mesure. La naissance de Lady Carbone, « c’était le 30 juin 2014, le soir de la gay pride, dans un resto de la rue Rambuteau ». « Avant, j’avais été Mademoiselle Victoria, clin d’œil à Victoria Beckham et à Julie Andrews dans Victor Victoria. » C’est une rupture amoureuse, l’arrêt de la clope et l’envie de « refaire du drag » qui l’incitent à créer Lady Carbone, reconnaissable à son haut de forme, sa queue-de-pie, ses talons aiguilles et ses résilles. Un uniforme que la créature porte au gré de ses sorties nocturnes, mais aussi une fois par mois dans les couloirs et les salons de l’hôtel Nolinski, à Paris, le temps d’une soirée Cabaret. Un QG où l’on a rencontré Olivier Brault pour la première fois. Il ouvrait le bal à un trio d’effeuilleuses. De drôles de dames à confesse dans les colonnes du numéro 2 de la revue 1 Epok formidable, en librairie mi-janvier 2019 : car elles aussi mènent des doubles vies…

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