L’expo se termine le 29 janvier. Après le Met à New York, elle s’est installée quatre mois au Grand Palais à Paris. La rétro consacrée à Irving Penn touche à sa fin. Mais, pour les retardataires, c’est le moment de s’y presser. On n’y fait quasiment plus la queue et le mercredi, en nocturne, c’est même fluide dans les salles.

Boucher, boulanger, vitrier, rémouleur…

A part ça, que dire de Penn ? Que sans Alex Liberman, le « DA » de Vogue – il est resté plus de trente ans à ce poste -, Penn n’aurait peut-être jamais fait de photos de mode, ni croisé les routes de Capote, Dali, Le Corbusier, Bacon… Mais l’expo du Grand Palais montre aussi les natures mortes du photographe – la bouffe vue par Penn est d’une incroyable modernité – ou encore son travail sur les « petits métiers ». Nous sommes en 1950 et Penn amorce une série de portraits de boucher, boulanger, vitrier, rémouleur… qu’il immortalise à Paris, Londres et New York. La série relève du témoignage d’une époque, voire de l’étude sociologique et comparative dans trois villes, trois pays. Car Penn prend soin de faire poser les personnages dans leurs tenues de travail, avec leurs outils et accessoires. D’un point de vue photographique, il les traite comme les mannequins ou les VIP de Manhattan. Résultat : Vogue publiera ces portraits d’inconnus dans toutes ses éditions à travers le monde. En 2018, quel photographe de renom va se risquer à proposer des portraits d’ouvriers à des magazines de mode ? Si les tourneurs, fraiseurs, opérateurs… ne sont pas attifés de vêtements liés à des annonceurs, bien peu de chance de les voir publiés. « Alex me trouvait un peu sauvageon », confiait Penn en parlant de Liberman. Aujourd’hui, on aurait plutôt tendance à mettre des bâillons aux sauvageons.