cadre 2Dans les coulisses d’une expo… / épisode 8

Immersion dans les coulisses de l’expo Etre(s) Singulier(s), présentée du 18 mai au 30 juin dans la Galerie des Nouvelles Images de l’Hôtel Scribe, à Paris. Au programme : 42 portraits de personnalités connues, méconnues, inconnues, sur lesquelles le photographe Bruno Comtesse et moi posons « un ton et un regard ».

 

 

Vendredi 13. Pendant que l’on règlait les derniers détails liés à l’encadrement des tirages photos de l’expo et leur accrochage tout proche, d’aucuns cochaient des cases sur une grille de Loto. D’autres évitaient de passer sous une échelle. Et puis j’ai répondu au téléphone. « Bonjour. Pourrais-je parler à Anne Eveillard ? » « C’est moi…. » « Je suis journaliste à France 3. » Tiens ? La télé qui débarque… manquait plus que ça !

Le petit jeu du « je prends, je jette »

« Je prépare un reportage sur les femmes qui écrivent. J’aimerais vous interviewer. Le sujet vous inspire ? » «… Pourquoi pas. J’ai deux ou trois bricoles à dire. » « Il faudrait que je puisse vous voir cet après-midi. » Il était près de 15 heures. « … Je suis sur le point de quitter Paris, mais je peux retarder mon départ. » Mon confrère semblait subitement s’être éloigné du combiné. J’entendais des voix… Puis, il est revenu : « Excusez-moi. Un de mes collègues vient d’appeler d’autres écrivains. Je risque de ne pas avoir besoin de vous, finalement… Si dans une heure je ne vous ai pas rappelée, vous pourrez partir en week-end… » Au petit jeu du « je prends, je jette », ce type -que je ne connais pas- est un champion. Chapeau, mon gars ! Et trente minutes plus tard, il a enfoncé le clou avec un SMS : « vous pouvez partir sans souci en week-end, mes collègues ont déjà œuvré. » Une palme d’or de l’élégance pour ce confrère. Encore une dizaine de cadres à boucler pour nous…

cadre 3Un monsieur Loyal qui comptait les points 

Cet épisode est venu s’ajouter à un petit-déjeuner aux allures de réunion des alcooliques anonymes. Sauf que là, pas d’étapes ni de confessions sur les débits de boissons, mais des hommes et des femmes qui se faisaient bosser entre eux et un Mr Loyal qui comptait les points : « Cette semaine, Mme Machin a fait gagner tant d’euros à Mr Truc… » « Oui, ça a bien matché entre nous… » Applaudissements. Séance d’autocongratulation. Séquence régression aussi, où chacun se présentait en cinquante secondes chrono, pour tenter de promouvoir sa boîte, son job, son savoir-faire, son influence. Un speed dating duquel on ne repartait pas avec le « 06 » d’une grande blonde, mais avec celui de Marcel Desailly, la carte de visite d’un plombier, d’un archi, d’un avocat, d’une coach, d’une secrétaire de rédaction qui se dit rédactrice -ben non, ce n’est pas le même boulot…- d’un morphopsychologue qui a vu en moi un côté « baba cool » (je cite)… Mouais… C’est vrai que j’ai lu Kerouac tôt, mais j’aime ADG, j’ai récupéré une édition originale de l’Histoire du cinéma signée Bardèche & Brasillach et j’écoute Metallica… Alors, toujours « baba cool » ?

La vie en groupe et le boulot en grappe

On était venu là, pensant avoir dix minutes pour parler de notre expo. On a eu moins de trente secondes. On pensait nouer des contacts, on a fini au bistrot pour s’en remettre. Si la vie en groupe fout déjà la trouille, ce boulot en grappe suintait l’enfermement. Je rêvais de grand large et de traversée en solitaire lorsqu’on a croisé la route d’Arnaud Guillon, à Mabillon. Le romancier a eu l’effet d’une ardoise magique -celle qui efface tout- en racontant deux ou trois blagues. Sa spontanéité, sa légèreté ont gommé illico l’image terrifiante de la statuette en forme d’Oscar que Mr Loyal venait de remettre à Melle Bidule, pour avoir été la plus performante de son BNI (Business network international) la semaine passée… A suivre.

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