Looking for Eric

C’est un fidèle d’1 Epok, qu’il suit, qu’il « like », qu’il commente. Passionné par Céline et ami de Roland Jaccard, Eric Neirynck est comptable le jour, écrivain dès qu’il peut. Ou plutôt « chroniqueur de vie », il préfère. Bruxellois, il était de passage à Paris pour présenter L’Apostrophe Bukowski (éditions Lamiroy), sa dernière nouvelle, inspirée par la venue de Buk sur le plateau de Pivot en septembre 1978. Rencontre avec ce fan des Cure, dingue de tatouages et père de sept enfants, le temps d’un Coca au premier étage du Flore.

1 Epok : Qui êtes-vous Eric Neirynck ?

Eric Neirynck : Un nihiliste raté… J’ai sept enfants, âgés de 2 à 25 ans.

1 Epok : Mais encore…

Eric Neirynck : Je n’ai aucun diplôme. J’ai arrêté l’école à 16 ans. Je voulais être comédien. J’ai étudié l’art dramatique à Bruxelles, ville où je suis né et que je n’ai jamais quittée. Mais il fallait bien manger, payer un loyer… alors j’ai d’abord travaillé dans un bureau du ministère des Finances et aujourd’hui je bosse dans une grosse compagnie d’assurance. C’est drôle : j’étais nul en maths et je suis devenu comptable. J’étais mauvais en lettres et j’écris des bouquins… Gamin, je préférais regarder Récré A2 et Goldorak plutôt que de lire des livres.

1 Epok : Qu’est-ce qui vous a mené vers l’écriture ?

Eric Neirynck : … et si on se tutoyait ?

1 Epok : Pas de problème… Qu’est-ce qui t’a mené vers l’écriture ?

Eric Neirynck : Facebook. Je postais des nouvelles sur mon compte Facebook et l’éditeur Christophe Lucquin m’a repéré, puis demandé d’autres textes. C’était à la fin des années 2000, j’allais avoir 40 ans et je n’avais rien écrit avant.

1 Epok : Depuis, combien de bouquins as-tu publiés ?

Eric Neirynck : Quatre ou cinq, je ne sais plus…

1 Epok : Que peux-tu dire à propos du dernier, L’Apostrophe Bukowski, qui vient de sortir aux éditions Lamiroy ?

Eric Neirynck : C’est une nouvelle inspirée par la venue de Bukowski à l’émission Apostrophe de Bernard Pivot, le 22 septembre 1978. J’ai découvert les livres de Buk sur le tard. J’avais déjà commencé à écrire. En lisant Pulp, j’ai vu qu’il parlait de Céline. Ça m’a plu. Après ça, j’ai lu tout Bukowski. Certains disent que mon écriture ressemble à la sienne… Une chose est sûre : ce n’est pas moi qui l’ai influencé !

« Beigbeder m’a invité à la remise du Prix de Flore »

1 Epok : Tu bosses huit heures par jour dans un bureau. Quand tu rentres chez toi, il y a les enfants, la vie de famille. Tu écris quand ?

Eric Neirynck : Quand je peux. Parfois au boulot…

1 Epok : Qu’en pensent tes « collègues » ?

Eric Neirynck : Rien. Ils ne me lisent pas. Pour eux, Beigbeder est un parfait inconnu.

1 Epok : Pourquoi fais-tu référence à Beigbeder ?

Eric Neirynck : Parce que je l’ai croisé hier soir sur le boulevard Saint-Germain et il m’a invité à la remise du Prix de Flore.

1 Epok : Tu vis à Bruxelles. Tu n’es pas édité par une maison de la rive gauche parisienne. Mais tu connais tout le petit monde littéraire qui gravite entre le Dôme et le Flore…

Eric Neirynck : C’est le hasard de rencontres… Laurence Biava m’a fait entrer au Prix Rive gauche – je pense qu’il lui fallait un Belge… c’est à la mode ! – et, à partir de là, j’ai croisé la route de Serge Joncour, Baptiste Liger, Arnaud Le Guern, Nicolas Rey…

1 Epok : Et Roland Jaccard…

Eric Neirynck : Oui. Depuis, on se voit à chaque fois que je viens à Paris. On se retrouve à 16 heures – c’est son heure – au premier étage du Flore. Quand je lui envoie l’un de mes livres, j’ai droit à un petit mot par la poste, à l’ancienne… Parfois je me dis : je ne suis rien et Roland Jaccard, qui est prof, qui a connu Cioran, m’écrit. C’est dingue.

1 Epok : Pas mal, ta double vie…

Eric Neirynck : C’est vrai. Hier soir, au Prix de Flore, j’étais entre un Renaudot et un Femina, je me demandais ce que je faisais là… Parfois j’ai l’impression d’être dans un film, alors je prends des photos pour me prouver que c’est bien vrai : j’y étais ! Je travaille dans les assurances et je suis reconnu comme faisant partie du gratin germanopratin : c’est perturbant.

1 Epok : Et si cette reconnaissance prenait fin subitement. Si tout s’arrêtait demain…

Eric Neirynck : Pas grave. Je n’ai pas de plan de carrière chez les éditeurs parisiens. Mon objectif n’est pas de passer à La Grande Librairie ou chez Ruquier. Chez Grasset, on m’a demandé de retravailler un manuscrit. Je ne l’ai pas fait. Je suis un gros fainéant.