C’est à la BnF, quai François Mauriac, qu’il donne rendez-vous. Parce qu’il aime les livres et la lecture – surtout à voix haute -. Parce qu’il raffole de l’écriture. Parce qu’il y travaille. Thierry Grillet est à la tête de la Direction à la diffusion culturelle de la bibliothèque François Mitterrand. Le chef d’orchestre des expo, projo, colloques, festivals organisés à la BnF, c’est lui. Installé face à un café au Corso, un resto voisin de son bureau, il a apporté un coffret noir et or – en librairie à partir d’octobre -. A l’intérieur : trois livres. Un sur ses 100 films préférés, un autre sur ses 100 musiques, le dernier sur ses 100 livres. Et le contenu est volontairement éclectique. En musique, par exemple, ça va de Biolay à Björk. Parce qu’il a les idées larges, le copain de khâgne de Rodolphe Burger au lycée Honoré de Balzac. Dans une même conversation, il peut citer Proust, Baudrillard, Tobie Nathan et l’architecte américain Robert Venturi. Normal pour un normalien. Normal aussi pour un ancien prof de « culture gé » à Sciences po.

 

« Je voulais que mon nom soit dans les journaux »

Avant de débarquer à la BnF, Grillet était journaliste. Il a signé dans les colonnes du Monde, du Nouvel Obs ou encore de Libé… à la haute époque : « Celle de Serge Daney et Gérard Lefort. » « Je voulais que mon nom soit dans les journaux », reconnaît Grillet. En particulier dans le Libé des années 1980. « En 1986, je venais de démissionner de l’Education nationale et je pigeais pour la presse et la radio. Le 1er janvier 1988, je m’en souviens très bien, mon premier papier est paru dans Libé : c’était un sujet sur la télévision suisse, dans les pages radio-télé. J’étais très fier ! » Du goût et de l’ego, rien de grave… docteur ! « Ado, je voulais être chanteur », poursuit Grillet. Mais ses études l’on mené à l’ENS Saint-Cloud et aux Langues O, pour apprendre le mongole. « Je n’ai pas chanté, mais j’ai fait dix ans à France Culture, où ma voix voilée était ma signature. La radio, c’est la présence de l’invisible, des choses qu’on ne voit pas. » Il n’est pas chanteur, mais son écriture se veut musicale. Mieux : il lit des textes en étant accompagné par un musicien. Il appelle ça « un concert-lecture ». Et puis il a écrit pour son copain Burger – du temps de Kat Onoma -, le texte de la chanson Mary P.

« Jai récemment fait des recherches sur… le paradis »

Au Corso, Grillet est attablé sous une étagère où se côtoient des versions poche d’œuvres de Stendhal, Genet, Romain Gary… des livres encore des livres. « J’en lis une quinzaine par mois », dit-il. Et il en redemande : « Jai récemment fait des recherches à la BnF sur… le paradis. » Pour ça, il s’est rendu dans la réserve des livres rares et précieux. « Dans la salle de lecture, on est comme suspendu dans un nid blanc », décrit-il. C’est là qu’il a vu une indulgence du XVe, passeport de l’époque pour… le paradis. Retour en 2017 : « Cet automne, nous allons présenter une grande expo sur le paysage français, avec des documents issus aussi bien de la Datar que de France(s) territoire liquide », détaille Grillet. Passionnant. Autre temps fort : une expo consacrée à Jean Rouch, qui aurait eu 100 ans en 2017. Le mot de la fin ? Aujourd’hui, la BnF est à la fois une station de métro pour les Parisiens, un QG pour les étudiants et « une bibliothèque parlante » pour son « monsieur Culture ».