Il est né le 14 juillet 1989. Deux siècles après la prise de la Bastille. Pas banal, mais surtout pas bien vieux cet électron libre en Weston – « offertes par le patron de la maison » – . Pourtant, Charles Consigny a déjà eu le temps de tenir le standard des Ouvriers du Paradis, créer un fanzine (Spring), pondre des bouquins, passer trois fois l’examen d’entrée à l’Ecole de formation du barreau de Paris. Aujourd’hui, élève-avocat dans cette même institution, il est également chroniqueur aux Grandes Gueules sur RMC et dans les colonnes du site Lepoint.fr . Passionné de politique, il vient de publier Je m’évade, je m’explique (Robert Laffont). L’occasion de prendre un café avec lui, un matin au premier étage du Flore, sous l’œil attentif et amusé de Jean-Pierre Elkabbach.

1 Epok : Qui êtes-vous Charles Consigny ?

Charles Consigny : Je suis un apprenti avocat, un pamphlétaire médiatique, un fils de vieille famille vendéenne…

1 Epok : Vous aimez le fion ? Vous savez, cette spécialité de flan vendéen…

Charles Consigny : …un fils de vieille famille vendéenne qui, non, ne connaît pas… le fion !

1 Epok : Votre dernier livre, au titre rimbaldien, est-il un récit, un pamphlet, un journal ? Tout ça à la fois ?

Charles Consigny : C’est un essai sur la situation actuelle. Celle dans laquelle nous vivons. En l’écrivant, en effet, d’autres choses me sont venues spontanément, en plus de la politique : des lieux, des histoires familiales, des inquiétudes profondes… Du coup, j’ai raconté l’écriture du livre. J’ai mis en perspective la situation politique du moment avec ma propre trajectoire. Ce livre est à la fois un essai et un journal déguisé.

1 Epok : En marge de vos études, vous travaillez depuis l’âge de 15 ans. Est-ce pour mieux prendre le pouls de la société ?

Charles Consigny : J’ai toujours aimé l’ambiance d’entreprise. J’ai travaillé dans des resto, une agence de pub, des cabinets d’avocats… Aux Ouvriers du Paradis, j’y étais dès 8 heures du matin : j’adorais l’odeur du café, je saluais ceux qui arrivaient tôt, j’étais plus perplexe face aux lève-tard… J’ai toujours eu un pied dans le monde du travail. Quand j’ai créé le fanzine Spring, j’allais moi-même chercher les annonceurs. J’ai été confronté à mon premier bilan comptable à l’âge de 17 ans… J’étais inconscient des risques, à l’époque. J’oubliais d’envoyer la déclaration de TVA, je plantais les créanciers en leur disant « soyez patients… », les dettes s’accumulaient…. A cet âge-là, on a une vraie insouciance au quotidien. On ne ressent aucune crainte, pas d’angoisse. C’est quand on quitte l’appartement familial que tout change : dès que j’ai eu un loyer à payer, j’ai vite atterri et été tiré de mes brumes de jeunesse.

1 Epok : Certains journalistes vous qualifient de « désenchanté ». Mais il n’y a que Mylène Farmer qui est désenchantée…

Charles Consigny : Je ne suis pas du tout désenchanté. Ceux qui écrivent ça manquent de vocabulaire !

1 Epok : Où allez-vous voter ?

Charles Consigny : Dans le 3e arrondissement.

1 Epok : Pour qui ?

Charles Consigny : Fillon ou Macron, j’hésite encore…

Jean-Pierre Elkabbach (installé quelques tables plus loin…) : Votez Le Pen !

Charles Consigny : Euh… non… jamais. Pour moi, Fillon a quelque chose de plus que les autres. Quant à Macron, il a un vrai groove dont il serait dommage de se priver dans notre pays déprimé. En même temps, dès qu’il parle, on ne comprend pas tout… Son attachée de presse porte des tresses et des Stan Smith…

1 Epok : Vous aimez les chaussures… Dans votre livre vous parlez de vos Weston, des Air Max d’un avocat…

Charles Consigny : … et des mocassins à pampilles de mon éditeur ! Les chaussures en disent souvent long sur ceux qui les portent. Au fait, vous, vous portez quoi ?… J’ai les mêmes Nike que le photographe, mais en noir. Et, vous, des Tod’s… très snob…

1 Epok : Sarko vous inspire ? Vous le citez longuement dans votre livre…

Charles Consigny : C’est un personnage très rafraîchissant dans notre vie politique française si coincée, où tout le monde a peur de son ombre. J’aime les personnages libres. J’aime quelqu’un comme Kappauf, par exemple.

1 Epok : Page 51, vous faites référence à BlaBlaCar. Ça évoque quoi pour vous… BlaBlaCar ?

Charles Consigny : « L’idéologie du sympa » selon Renaud Camus. On rhabille le pourri en « sympa », comme un système de défense inconscient. Pour moi, ce qui est « sympa », ce n’est pas le covoiturage, mais une place en 1ère classe dans un TGV.

1 Epok : Si Fillon est élu président, vous postulez comme dir’ com’ ?

Charles Consigny : Bien sûr. Comme avocat aussi !

1 Epok a aimé Charles Consigny en envoyé spécial dans les coulisses du débat à 11

©Bruno Comtesse