C’est la troisième année où, au moment de la Fiac – du 18 au 21 octobre au Grand Palais – , il ouvre son atelier du 12e arrondissement. Un immense hangar, voisin des voies ferrées. Jean-Michel Othoniel prend ainsi une distance géographique avec la foire d’art contemporain. Comme pour mieux marquer sa présence… ailleurs. Et c’est un bonheur pour le visiteur, qui soudain échappe au brouhaha des allées du Grand Palais et s’échappe aussi, un temps, des bruits de la ville.

« Dans chaque perle, il y a un souffle d’homme »

Dans l’atelier : des œuvres encore en chantier, un drôle de nœud – pourtant très sérieux car conçu avec un mathématicien -, des colliers en perles de verre suspendus au-dessus d’un essai de sol de briques bleutées – à voir dans la galerie Perrotin en mars 2019 -, mais pas de dessins, pas de table de travail. Cette partie-là de son bureau se situe rue de la Perle, la bien nommée pour celui qui a fait de cette petite boule qu’il travaille tout en verre, une matière première : « Dans chaque perle, il y a un souffle d’homme », se plait-il à rappeler.

Œuvre mobile et voute céleste

L’ouverture de son atelier est également l’occasion de présenter l’une de ses dernières créations. Posée un peu à l’écart des autres, elle s’apprête à partir pour les Antilles. Direction : Cheval Blanc St-Barth Isle de France, hôtel du groupe LVMH. La pièce d’Othoniel s’appelle La Constellation de Pégase. Une œuvre mobile, composée de perles de verre en direction des étoiles. Ces perles tournent autour d’elles-mêmes pour suivre le mouvement de la voute céleste. Ce qui a inspiré l’artiste, sensible à la nature : « Un séjour  à Cheval Blanc, la baie des Flamands où se situe l’hôtel et le ciel si pur, si présent, si changeant et si envoûtant la nuit. Les étoiles scintillent chaque soir. On pourrait presque les toucher. Le paysage devient alors voie lactée. Et se dire que l’on vient dans cette maison pour perdre la tête dans les étoiles m’a beaucoup plu. »

« Je suis comme les rosiers, plus on me taille, plus je fleuris. »

D’avoir travaillé dans le cadre d’une commande n’a en rien dérangé l’artiste. Au contraire : « Je suis comme les rosiers, plus on me taille, plus je fleuris. » Il a choisi de mêler perles roses en verre de Murano – clin d’œil aux nouvelles tonalités de l’hôtel et aux toits en tôle de Gustavia – et perles miroirs où tout se reflète à l’infini. A commencer par l’œuvre elle-même, la nature et nous aussi. Car le public pourra toucher la Constellation dès son installation, cet hiver, « à la croisée de chemins » dans les jardins de Cheval Blanc. « C’est une œuvre à échelle humaine », souligne encore Othoniel. Si bien qu’elle n’agresse pas, elle n’oppresse pas. Elle séduit. Elle attire.

4 000 m2 ouverts sur la création

Avant de quitter l’artiste, il prend le temps d’ouvrir un album qui compile photos et plans de son futur atelier. Un espace où toutes ses activités seront regroupées. Fini la rue de la Perle, le hangar du 12e et un troisième bureau dans le 20e. A partir du printemps 2019, l’équipe d’Othoniel Studio prendra ses quartiers à Montreuil. A la sortie du métro. Dans un lieu de près de 4 000 m2. Un QG que  le sculpteur veut ouvert sur la création, les artistes, les arts, les autres.