De miss plouc à miss VIP

marinière-armor-luxHier, j’avais rendez-vous avec la directrice de la communication d’une maison de luxe, voisine de la place Vendôme, à Paris. Nous ne nous étions jamais vues. Juste eues au téléphone. J’arrive dans la boutique, tout en boiseries, vendeurs tirés à quatre épingles, au garde à vous. Moi, en marinière, tennis aux pieds et gros sac sur l’épaule –normal : je revenais d’un reportage porte de Saint Ouen, sous la pluie…-. On n’ose à peine me regarder. Du genre : que vient faire cette nana au milieu de nos sacs, bagages, accessoires facturés une fortune ? Heu, les femmes de service, c’est l’entrée côté cour… Je m’approche d’une jeune fille, cantonnée aux paquets, derrière un bureau rangé à la perfection. Je demande à voir la personne avec laquelle j’ai rendez-vous. « Et vous êtes ? » Euh… Madonna ! Non, je plaisante. Je lui donne mon nom, qu’elle semble ne pas saisir. Pas grave. On s’en remettra. Elle grimpe un escalier. Redescend. « Elle arrive tout de suite », me dit-elle. J’attends. Entre-temps, une jolie plante perchée sur des talons, en pantalon fleuri et chemiser assorti, fait son entrée dans la boutique. Elle regarde tout. Y compris moi. Avec un certain étonnement. Et pour cause : j’avais un équipement assez proche de celui des pêcheurs de crevettes à marée basse au Pouliguen… Celle avec laquelle j’ai rendez-vous descend l’escalier. Me voit à peine et pense que la grande nana fleurie, qu’elle semble bien connaître de surcroît, est celle qui a demandé à la voir ! « Comment vas-tu ma chérie ? Tu es resplendissante ! Tu as deux minutes ? Viens dans mon bureau… » Le duo disparaît et je comprends que la pro du paquet n’assure pas des masses dans la communication d’un étage à un autre. Je reste donc dans mon coin. Punie. J’attends. Les vendeurs commencent à me regarder bizarrement. Je ne bouge pas. J’observe un couple d’Américains en balade qui font sortir la moitié des sacs de voyage. Mais eux ont le droit d’être en short et polo crasseux : l’un d’eux a déjà son portefeuille à la main... Même scénario pour ces deux asiatiques aux baskets bien plus crado que les miennes : elles ont fait le plein. Et elles viennent de passer à la caisse. Le « tu as deux minutes ? » a duré près d’une demi heure. Et lorsque le pantalon à fleurs a quitté la boutique, j’ai re-décliné mon identité : nom, prénom et surtout profession. « Oh ! Toutes mes excuses, on ne m’avait pas prévenue… » En un instant, je suis passée de miss plouc échappée d’un camping, à miss VIP devant laquelle il fallait dérouler le tapis rouge. J’ai même eu le droit de serrer la main du big boss, fraîchement rentré de Saint-Tropez. Epoque formidable, où les apparences sont parfois trompeuses… méfions-nous et « briefons » à fond les petites mains cantonnées aux emballages !