M. JACKSONLa première fois que j’ai vu Clémentine Goldszal, c’était par la fenêtre de ma cuisine. Nous vivions alors sur le même palier, à deux pas de la place Monge. Fan de musique, elle chroniquait déjà des disques pour la presse. Puis, elle s’est éclipsée un temps du côté de Los Angeles. De retour à Paris, elle signe désormais dans les colonnes du magazine Vanity Fair, où elle nous fait à nouveau partager ses choix musicaux. Pour 1 Epok, elle évoque son premier album : Dangerous de Michael Jackson.

« Si mes souvenirs sont exacts, j’ai dû acheter Dangerous peu de temps après sa sortie, en 1991, via le Club Dial, ce service de vente de CDs par correspondance qui a marqué mon éducation musicale. J’avais 8 ans !

Je me souviens précisément de la pochette, avec les yeux de Michael, ses sourcils magnifiques et ce dessin irréel qui était pour moi comme une peinture de Jérôme Bosch : j’ai passé des heures à le contempler, en découvrant à chaque fois un détail inédit. Il a longtemps orné le mur de ma chambre, sous la forme d’un grand foulard en mousseline imprimée épinglé au dessus de mon lit.

Naomi Campbell en ombres ambrées avec sa jupette blanche

Ce dont je ne me souviens pas, en revanche, c’est d’avoir « choisi » Michael Jackson. Mais je crois que nul n’a jamais eu besoin de « choisir » Michael : comme les Beatles, il est de ces voix qui s’imposent au berceau, pour peu que l’opportunité soit donnée de l’entendre. À bien y réfléchir, peut-être est-ce le résultat d’un marketing bien ordonné, car j’ai encore en tête les images des différents clips qui illustraient les grands singles de l’album et qui passaient en boucle sur M6 tôt le matin, dans le Top 50, et sûrement aussi sur MTV à longueur de journée. Naomi Campbell en ombres ambrées avec sa jupette blanche immaculée pour In The Closet, Iman Bowie et Eddie Murphy dans la superproduction aux allures de péplum égyptien Remember The Time et Macaulay Culkin, bien sûr, qui écoute de la musique trop fort dans sa chambre. Evidemment Heal The World, l’hymne écologiste de mon enfance…

Je me souviens de chanter par-dessus, sans comprendre

Des images, des sons (le son de batterie, les guitares de Slash, la voix de Michael Jackson), mais aussi des mots : dans le livret de Dangerous, il y a avait les textes de toutes les chansons. Des textes très longs. Je me souviens de les lire encore et encore, de chanter par-dessus, sans comprendre. J’ai toujours pensé avoir appris les bases de l’anglais grâce à cet album. Je connais toujours par cœur les paroles de la majorité des chansons et je me suis même surprise à ressortir certaines expressions improbables à mes amis américains. Sur Give In To Me, peut-être l’un de mes titres préférés du disque, Michael supplie son interlocutrice imaginaire d’ « étancher son désir », littéralement (quench my desire / Cause I’m on fire…). Un drôle de truc à dire dans la « vraie vie » !

Un plaisir solitaire qui me renvoie à mon enfance

Cet album est dans mes veines, incrusté, à tel point qu’il me suffit de fermer les yeux pour pouvoir le convoquer à l’envi, images et son. Je le réécoute quand je tombe dessus, avec un bonheur intact, une admiration pour la production qui n’a fait que grandir à mesure que j’ai pu prendre conscience de la perfection absolue des mélodies, de l’architecture des chansons et de la manière dont elles s’articulent entre elles, pour former une sorte de concept-album qui m’apparaissait alors comme un tout entièrement emballant. Si j’écoute un morceau de Dangerous, j’écoute forcément les autres. Et parce que cet album n’est pas vraiment ce que l’on entend le plus souvent de Michael (Pourquoi ? Aucune idée !), cela demeure pour moi un plaisir solitaire qui me renvoie à mon enfance et surtout à mon amour inentamé pour la musique. »