Jeune et pas con

Il a tout Matzneff et le « 06 » d’Hervé Vilard. A 20 ans, Arthur Pauly repique sa khâgne à Louis-le-Grand, parce qu’il a raté Normale Sup’ « de quelques points seulement » l’an dernier. « Il faut le rencontrer », m’avait dit l’ami Roland Jaccard, qui l’immortalise régulièrement dans ses vidéos postées sur Facebook : « Parce qu’il a des choses à dire. » J’ai donc contacté le « gamin ». Via Messenger. Curieux de tout, il a répondu vite. Très vite même. Le rendez-vous a ainsi été fixé devant le Champo, rue des Ecoles, ce matin à 10h45.

« Matzneff est devenu mon conseiller conjugal »

Ponctuel, le « khâgneux ». A 10h50, on squattait le Sorbon, le bistrot juste en face du ciné. « Je ne bois pas de café. » Il a pris un chocolat. Et c’est vrai qu’il a « des choses à dire ». Parce qu’il flâne, traîne, lit, écrit, aborde les gens, court les filles, tout en bossant son latin et son allemand, les deux matières qui l’ont planté pour intégrer « Ulm » du premier coup. « Comment j’ai rencontré Matzneff ? En lui écrivant une lettre après avoir lu Ivre du vin perdu : j’avais 16 ans et je lui demandais des conseils sur ma vie amoureuse. » Soixante ans le séparent alors de l’écrivain. Peu importe. Il aime sa vie, son œuvre, « son côté André Gide ». La rencontre va se faire un an plus tard. Depuis, ils sont potes : « On se voit chez Lipp et Matzneff est devenu mon conseiller conjugal. » En papotant avec Pauly, on s’aperçoit que son tableau de chasseur d’auteurs a une certaine allure : de Jean d’Ormesson à Roland Jaccard, en passant – en vrac – par Marc Fumaroli, Frédéric Mitterrand, Dominique Fernandez,  Bernard Faucon, jusqu’à l’ami Charles Consigny, il les connaît tous, refait le monde et se marre avec eux. « François Gibault – biographe de Céline – m’a même fait rencontrer Madame Destouches », dit-il. Bluffant.

La bande des « 3 M »…

Autre de ses faits d’armes : candidat à l’Académie française à l’âge de 15 ans – suite à un pari -, il a obtenu une voix de l’un des Immortels du quai Conti. D’aucuns disent que ce serait celle de Jean-Marie Rouart, d’autres évoquent celle de Dominique Fernandez. Pauly, lui, préfère croire que c’est celle de Jean d’O… Un premier pas remarqué et remarquable dans la cour des grands, avec à la clé quatre pages d’entretien avec Rouart dans Paris Match. Quand Pauly raconte sa vie, c’est déjà un début de roman. Car il sait narrer, détailler, expliquer, intéresser, surprendre aussi. Normal : il a passé cinq années au conservatoire. D’ailleurs lorsqu’il a troqué « l’esprit de troupe », propre au théâtre, contre l’individualisme de la classe prépa, le choc a été rude. « La scène me manque », confie-t-il à la fin de son chocolat, en imitant tour à tour les voix de Jaccard et Matzneff. Il a hâte de participer aux fameuses joutes verbales organisées sur le toit-terrasse de Normale Sup’. Un dernier mot sur « les copains de mon âge » : il cite les jeunes auteurs François-Henri Désérable et Clément Bénech. Ils forment la bande des « 3 M » : Désérable est fan de Michaux, Bénech de Modiano, Pauly de Matzneff. « Et maintenant, je dois filer : une lycéenne m’attend… »