Décalage immédiat et exil volontaire. Comme pour échapper, s’échapper un temps de ce temps. Cette époque. Où d’aucuns manifestent à République aux côtés de politiques qu’ils n’aiment pas, sans oublier d’instagrammer l’instant, tel un trophée. Où d’autres pleurent la disparition d’un couturier qui citait Proust, échangeait des SMS avec Rihanna, a changé la vie de mon ami Pierre-Louis… Face à cette actualité, le pas de côté d’1 Epok, hier soir – nuit de pleine lune -, a été de se laisser tenter par la fête de chantier du Sinner, un futur hôtel rue du Temple, à deux pas de Répu… Parce qu’on était ailleurs. Loin et pourtant tout près de ce qui passait alors en boucle sur les chaines d’info. Mais surtout parce que le maestro Emmanuel Sauvage sait recevoir. Même entre des échafaudages, casques de chantier, poutres et gravats. Il fait partie de ces magiciens capables d’installer un barbecue XXL au milieu de parpaings et servir spritz, gambas, risotto sur une dalle de béton nue, au milieu de laquelle un duo de DJ revisite Love is the drug de Bryan Ferry. Une autre idée du camping « Sauvage »…

Mix entre ovni et vaisseau fantôme

Emmanuel Sauvage aurait eu sa place aux heures de gloire du Palace. Il aurait plu aux excentriques du siècle d’avant. En 2019, ils se font rares ces profils que rien n’arrêtent, qui osent, s’exposent, en se moquant des aigreurs, aigris et mauvaises langues. Hier soir, le Sinner, mix entre ovni et vaisseau fantôme où l’on s’imaginait le futur resto, le futur bar, le couloir de nage prévu en étage, tranchait radicalement avec le Paris bien pensant et obéissant. Je me souviens encore du « quatre pages » de l’agence BMRP que j’ai ouvert, le temps d’un café, un jour de juin à mon bureau. C’était en 2017. Il y avait moins de 10 lignes consacrées à Emmanuel Sauvage, que je ne connaissais pas encore. En lisant, je me suis dit : « Lui, il a sans doute des choses à dire… » Et à faire ! Cette année, le groupe Evok Hôtels Collection, qu’il dirige, s’apprête à ouvrir deux nouvelles adresses dans le Marais.