En octobre 2018, sa boutique aura dix ans. Dix ans que Stanislas Draber a laissé derrière lui ses études de droit, ses jobs dans l’industrie pharmaceutique, chez L’Oréal ou encore son fauteuil de directeur marketing au sein de la maison Guerlain. Un beau jour, il a voulu faire autre chose de lui, de sa vie. Il hésitait entre la restauration, les fleurs ou la littérature. Il a finalement renoncé aux nourritures terrestres pour leur préférer un subtil mix entre bouquets et bouquins. Sa boutique se situe rue Racine, la bien nommée. Entre le théâtre de l’Odéon et la Sorbonne. En vitrine : des fleurs, des fleurs, des fleurs… et Les Fleurs du mal. « J’en ai une centaine d’éditions différentes. » Certaines sont dans la bibliothèque qu’il a installée au milieu des brassées de roses, anémones, hortensias… Mais, ici, les livres ne sont pas des éléments de déco. Ils font l’objet de discussions, de lectures, de réflexion. Ils sont aussi respiration et source d’inspiration. Quant aux fleurs, là aussi, on est loin des chichis et des clichés. « Un bouquet doit être le plus naturel possible », confie le fleuriste autodidacte. Son savoir, il l’a affiné, peaufiné dans le jardin de la maison de famille, dans quelques livres, puis en allant à la rencontre de fleuristes et de producteurs.

Pas de roses le 14 février…

Chaque matin, il se lève aux aurores. Il file au Carreau des producteurs, à Rungis, pour se fournir en fleurs fraîches. Son parti pris : ne jamais avoir plus de trois sortes de fleurs différentes en boutique. Autrement dit : on aime ses choix… ou pas. Sachant que chaque sorte de fleurs peut se décliner en plusieurs variétés, à l’instar des roses, dont il peut avoir des dizaines de variations différentes et pour chacune d’elle un parfum bien spécifique. Des roses qu’il ne propose évidemment pas le 14 février, jour de la Saint-Valentin, « car ce n’est pas la saison ». En cela, il appréhende les fleurs comme les fruits, les légumes, et il compare un bouquet à la clientèle d’un hôtel : « On change l’eau d’un vase comme on change les draps d’un lit. » Radical ? Maniaque ? Plutôt puriste, juste, respectueux : pour lui, rien de plus beau que l’anémone ou la rose qui s’ouvre chez ses clients. Quand on lui demande de préparer « un bouquet qui va durer », la requête le laisse toujours perplexe : « C’est le côté éphémère des fleurs qui est bon, comme le plat d’un grand chef. »