1997 : un créateur d’avant-garde, ex-assistant de Jean Paul Gaultier, débarque dans une maison centenaire. Martin Margiela se voit confier les collections de prêt-à-porter chez Hermès. Ça détonne et ça étonne dans le monde de la mode. La greffe va-t-elle prendre ? Oui. Elle va même durer jusqu’en 2003. D’emblée, on a du mal à croire qu’un couturier, capable de faire porter à ses mannequins des fragments de vêtements non terminés, puisse parler le même langage qu’un sellier du faubourg Saint-Honoré. En réalité, les deux univers se rejoignent sur la rigueur du savoir-faire, la sobriété des lignes, le choix des matières, l’élégance d’une allure, le raffinement des détails. Des valeurs partagées qui vont faire sens et créer l’essence de ce mariage de raisons.

Six ans de vie commune qui n’avait rien de commun

Dans l’expo « Margiela, les années Hermès » – à voir jusqu’au 2 septembre au Musée des Arts déco, à Paris – , la simplicité d’une boucle, la subtilité d’un duo de manches qui jouent à cache-cache ou la souplesse d’une jupe en croco qui se ferme comme un kilt, tout témoigne d’un accord parfait entre l’audace de Margiela et la fantaisie teintée de poésie de Jean-Louis Dumas, alors président d’Hermès. De salle en salle, le « blanc de Meudon » cher à Margiela et l’orange des célèbres boîtes du « 24 faubourg » se côtoient, se tutoient, se font complices, comme durant leurs six années de vie commune qui n’avait rien de commun. Une vie à deux loin des logos, en marge de toute standardisation, comme en témoigne cette expo rythmée par une centaine de silhouettes, photos et vidéos. Le visiteur se fait témoin du dialogue singulier né entre deux univers, deux maisons, deux marques qui ont su se démarquer et se faire remarquer en osant, ensemble, un même pas de côté.