La première fois que j’ai vu l’un de ses dessins, c’était dans une galerie de la rue de Médicis. C’était le début des années 1990. Elle avait représenté le Luco, ses arbres, son bassin, ses promeneurs… J’habitais à deux pas. J’avais l’impression qu’elle avait croqué un bout de « chez moi ». J’ai hésité longtemps à acquérir ce dessin. Je n’avais jamais rien acheté dans une galerie. Michel Lagarde, ami et déjà agent d’illustrateurs, m’avait dit : « Vas-y ! » Mais le jour où j’ai enfin poussé la porte de la galerie, le dessin n’y était plus. Déjà vendu. C’est comme ça que j’ai découvert le travail de l’illustratrice Dominique Corbasson. Par la suite, une amie commune, Lydie de Loustal, nous a présentées.

Quatre-cent coups, boutique improbable et format bandana

Quand je suis repartie de ma première visite dans l’atelier de Corbasson, j’avais trois ou quatre dessins sous le bras… Dont un qui représentait la vue que mes parents ont eu de leur salon durant près de trente ans, place Denfert-Rochereau. Corbasson l’avait immortalisée, « parce que je prenais des cours de dessin dans le quartier », avait-elle expliqué. Sacré hasard… Ce dessin est en face de moi au moment où j’écris ces lignes, alors que Corbasson nous a quittés hier matin. Après « une longue maladie », comme on dit. Moi, je ne l’ai jamais vue malade, mais toujours prête à faire les quatre-cent coups, chiner une paire de pompes dans une boutique improbable, boire un coup, se marrer… et ne jamais sortir sans un petit foulard – format bandana – autour du cou : un différent à chaque fois que je la voyais.

Bruxelles, la Bretagne, Philippe Vilain et Philippe Bertrand

Elle aimait Bruxelles, la Bretagne et regrettait la tournure qu’avait pris « son » 9e arrondissement. J’ai le souvenir d’avoir été très fière lorsque l’un de mes articles pour le magazine Maison Française avait été illustré par deux de ses dessins. Si bien que début janvier dernier, je l’avais sollicitée pour illustrer un texte de l’écrivain Philippe Vilain, à paraître dans le premier numéro « papier » d’1 Epok formidable. Elle avait accepté. Tout de suite. J’ai reçu le crayonné début février et le dessin terminé, le lendemain. Il sera publié en mai. Comme prévu. Tel un hommage à celle dont les illustrations recouvrent les murs de chez moi depuis près de vingt ans. Elle est partie hier matin. Elle va rejoindre Philippe Bertrand, un autre ami illustrateur disparu lui aussi trop tôt, avec lequel j’aimais faire la fermeture de La Palette, rue de Seine. Ils se connaissaient. Ils vont se reconnaître.