1 Epok formidable a dix ans cette année. J’ai créé ce média de façon spontanée, en bricolant dans le bureau de l’appartement où je vivais alors, près de la place Monge. Je l’ai voulu d’emblée comme une fenêtre ouverte, un espace de liberté, sans contrainte d’annonceur. A l’époque, dans la presse écrite, j’ai le souvenir d’avoir rédigé des sommaires au sein même du service pub de l’un des magazines pour lequel je travaillais. Plus jamais ça… Facile à dire. Mais pas facile à faire. Sauf sur ce blog, devenu webzine en 2015, avec la complicité d’Alexandre Dhordain, ancien camarade de jeu dans la presse médicale, désormais pro du Web du côté de Genève, et du photographe Bruno Comtesse, embarqué dans l’aventure alors que nous n’avions bossé ensemble que trois ou quatre mois dans la presse déco.

Montrer ce qui n’est pas vu ailleurs

On m’a souvent questionnée sur le modèle économique d’1 Epok formidable. Evidemment, nous avons des soutiens financiers : je cite, en vrac, la Banque Rothschild, un fonds d’investissement « familial » né à New York ou encore quelques généreux mécènes qui nous trouvent « sympa »… Je plaisante. Le financement se fait au coup par coup avec des partenaires ponctuels, qui apprécient le ton et le regard du webzine. En tout cas, nous n’avons ni bureau, ni note de frais, ni bagnole de fonction, ni ticket resto. On avance parce que l’on croit encore qu’il y a des histoires à raconter, des visages à mettre en lumière, des yeux pour les lire et les voir. L’idée étant, bien sûr, de montrer ce qui n’est pas vu ailleurs. En trois ans, Comtesse et moi, on a beaucoup marché dans les rues comme dans les couloirs du métro. Je dis souvent que l’on reconnaît un journaliste à l’état de ses semelles de chaussures… ou du nombre de pompes qu’il a dans son placard.

Sortir l’artillerie lourde

L’an dernier, on a commencé à parler « papier » et d’une éventuelle version « print » d’1 Epok formidable. Mission impossible au premier abord. Car il faut sortir l’artillerie lourde : du fric tout de suite, des fonds en prévision, monter une boîte, trouver le savoir-faire d’un comptable, d’un éditeur, d’un imprimeur, d’un pro de la mise en page et d’un autre de la com’… Reste que l’idée a fait son chemin. On a interrogé un peu, tâtonné beaucoup, rencontré les uns, pris des cafés avec d’autres, évité de se faire piquer idées et carnet d’adresses, slalomé entre bons plans et mauvais projets, encouragements et commentaires déplaisants. Ça rince. Ça épuise. Mais ça ne dégoûte pas. Même après tout ça, on y croit encore, comme à une bonne étoile.

Une revue sans pub, numérotée et dispo en mai

Cet automne, un crowdfunding avorté ne nous a pas empêchés d’amorcer un sommaire à partir d’une thématique. On a multiplié les rendez-vous, trouvé – enfin – les « bonnes » personnes. Celles qui comprennent tout de suite vers quoi le projet tend, là où on va les emmener : ailleurs. Avec des contributeurs que la presse ne sollicite pas ou trop peu. La version papier d’1 Epok formidable est donc en route. Elle va prendre la forme d’une revue semestrielle, sans pub, numérotée et dispo en librairie à partir de mai prochain. Vous voilà prévenus. D’ici là, vous aurez droit aux coulisses de cette aventure, humaine avant tout. Une aventure parisienne, mais pas que : on va aussi user nos chaussures dans la campagne anglaise, en Italie et même du côté de Saint-Amand-Montrond. Qui nous aime, nous suive…