Elle donne rendez-vous à la Cinémathèque. Pour elle, c’est une évidence. Car le bâtiment, réalisé par l’architecte Frank Gehry, fait partie de sa vie. Séverine Danflous en fréquente les salles obscures, le café Les 400 Coups, elle s’est même retrouvée un jour à papoter ciné jusque dans les sous-sols de l’institution. Les films, c’est son moteur, son oxygène : « J’ai vu Marnie d’Hitchcock à l’âge de 5 ans. Depuis, j’aime le cinéma… » Précoce, la gamine. Elevée dans le Gers, il n’y avait pas de ciné-club dans son lycée, pas non plus de salles classées « art et essai » près de chez elle. « Ma cinéphilie est née dans les vidéoclubs, avec le magnétoscope familial et les VHS. » Et puis une sœur plus âgée, comédienne à Paris, c’est la bouffée d’air. C’est aussi l’occasion de venir dans la capitale « pour aller voir Les Sœurs Brontë dans une salle vide et minuscule, à l’autre bout de la ville ».

« J’écris la nuit… entre 23 heures et 3 ou 4 heures du matin »

Un bac littéraire en poche et des études de lettres entamées à Mont de Marsan, poursuivies à Bordeaux 3, puis à la Sorbonne, lui ont permis de devenir prof de français. Elle a enseigné dans l’Indre, le Var, à Angoulême, où elle a aussi formé certains de ses collègues au cinéma. Mais Séverine Danflous a une autre corde à son arc : elle écrit. Pour la revue de cinéma La Septième Obsession, mais aussi des bouquins. Kafka lui a inspiré un Duetto en 2017 et, en 2018, elle publie un premier roman dont l’action se situe… à la Cinémathèque. Elle a mis quatre ans à concevoir l’histoire, dont elle a eu l’idée en voyant l’expo Brune/Blonde d’Alain Bergala… à la Cinémathèque. C’était en 2010. Depuis, le même Bergala a recruté la primo-romancière pour être correctrice à la Fémis. « J’écris la nuit, dit-elle. Entre 23 heures et 3 ou 4 heures du matin, quand je suis en vacances. » Sa recherche d’un éditeur, elle s’en souvient encore : de grandes maisons ont souhaité la rencontrer. Elle y est allée. Quand on lui a demandé d’amputer son manuscrit de moitié, elle a refusé. Les concessions, pas pour elle. « Vous allez devoir trouver un éditeur courageux », lui a-t-on répondu. Sa route a alors croisé celle de Pierre-Julien Marest, spécialisé dans les bouquins de ciné. Ils parlaient le même langage. Il s’est engagé à publier l’histoire de Camille et Paul : elle est actrice, lui se voit réalisateur. Ensemble, ils vont tenter de tourner leur version de L’Odyssée

Un écran pour 6 000 habitants

Parallèlement à la sortie de son roman, Séverine Danflous a quitté Angoulême pour emménager à Paris. Par envie. Un choix qui freine pourtant sa carrière à l’Education nationale : elle n’enseigne plus dans un lycée, mais dans un collège. De surcroît, dans le Val-d’Oise : « Je mets 90 minutes pour y aller, 90 autres pour revenir. » Une punition. Mais sa récré, c’est le ciné : désormais, elle vit dans une ville qui compte un écran pour 6 000 habitants. Unique en France et… bien fait pour elle.

« Brune Platine », de Séverine Danflous. Marest Editeur. 19€. En librairie le 23 janvier.

Et aussi : L’auteur sera en dédicace mardi 23 janvier à 19 heures à la librairie Delamain, 155 rue Saint-Honoré, Paris 1er.