De Nevers à Anvers

Il a reçu un courrier de Guy Roux, croisé la route de Bashung, signé l’hymne du club de rugby de Nevers, ville où il est né en 1976… Le garçon a de la ressource. Prendre un café – pour lui, ce sera une citronnade – avec Joseph d’Anvers, c’est une fête. Parce qu’il sait raconter. Certes, sa vie. Mais sans se la péter. En ne planquant ni les coups durs, ni les coups bas. Il est comme ça, le Neversois « monté » à Paris à 17 ans, son bac F12 en poche. Avant ça ? « En 4e, j’ai vu la série canadienne Les Années collège et j’ai voulu faire du cinéma. Dans le même temps, j’étais bon en foot, je jouais numéro 10 et mon équipe s’était hissée en championnat national des moins de 15 ans. Guy Roux m’avait écrit une lettre dans laquelle il me proposait de rejoindre le club de formation de l’AJ Auxerre. » Mais ses parents, tous deux profs, lui disent : « Passe ton bac d’abord. » Il va donc rester au lycée et tout faire pour intégrer la Fémis, qu’il a alors en ligne de mire.

De la promo Jérôme Deschamps au « pouvoir de la guitare »

Pourtant bon en maths, il choisit la section F12 – arts appliqués – au bac. « Il y avait 24 places pour trois académies. » Il est pris. Durant l’année, il fréquentera davantage l’atelier vidéo que les cours de trigo. Il enchaîne avec un BTS, une licence « audiovisuel » à Paris 3, puis le concours de la Fémis qu’il réussit du premier coup. Il en parle comme si c’était hier. Il se souvient des cours de Jean Narboni, de l’oral final face à Bruno Podalydès ou encore Jérôme Deschamps, qui a donné son nom à la promo de laquelle est issu Joseph d’Anvers. A propos de nom, il ne s’appelle ni Joseph, ni d’Anvers. « Joseph était le prénom de mon arrière grand-père, qui a connu les tranchées de 14-18. Il paraît que je lui ressemble… » Quant à son nom, il vient de la station de métro Anvers, à côté de laquelle il habitait lorsqu’il était à la Fémis. La particule ? « J’ai eu envie d’en avoir une. » C’est vrai qu’il y a de la noblesse chez ce touche à tout, plus doué que les autres, qui a fait réparer la guitare de son grand-père musicien, puis acheté « la méthode la moins chère » pour apprendre en solo à se servir de l’instrument. Sa première compo ? « Une chanson pour une fille du lycée. » Opération séduction réussie ? « Oui… C’est le pouvoir de la guitare ! »

Des Choses en face à Bleu pétrole

A la Fémis, il squatte le studio d’enregistrement, pour réaliser les bandes-son des courts métrages de ses copains. « J’étais le seul à utiliser ce studio. Parfois, je dormais dedans. Cet espace m’a aussi permis de monter un groupe. » Ses complices musiciens le poussent alors à se lancer « dans la chanson ». Il relève le défi : « J’ai écrit dix textes en une semaine. » Dont certains vont se retrouver sur son premier album, Les Choses en face, sorti en 2006. Suivront trois autres disques, dont le dernier Les Matins blancs a vu le jour en 2015. Entre temps, il va bosser avec Miossec, Dick Rivers ou encore faire la première partie d’une tournée d’Hubert-Félix Thiéfaine. Et puis il y a eu Bashung… Pour son douzième et dernier album studio, Bleu pétrole, le chanteur recherche des plumes. Miossec, Dominique A, Manset… sont sur le coup. Spontanément, Joseph d’Anvers envoie trois textes, « écrits dans un train », à un proche de Bashung. Le lendemain, on lui répond que l’interprète de Madame rêve veut prendre un café avec lui… C’est comment un café avec Bashung ? « On parle de tout, de Björk, de maternité… J’ai vu beaucoup d’humanité chez lui. J’ai placé l’homme au dessus de l’artiste. » Quant à Bashung, sur le texte de Tant de nuits, il ne retouchera rien, « sauf remplacer un a par un o. Au départ, j’avais mis des angles un peu noircis. Il a préféré la force des ongles un peu noircis. » Joseph d’Anvers termine sa citronnade. Regarde sa montre. N’oublie pas qu’il a un enfant à aller chercher. Evoque vite les nouvelles graphiques qu’il est en train de peaufiner, avec le dessinateur Stéphane Perger. Enfin, à l’ultime question « Descendez-vous encore à la station Anvers ? », il sourit. Après avoir eu une 103, il se déplace désormais à scooter. Fini Anvers. Mais pas Nevers : son hymne L’appel du Pré Fleuri retentit désormais à chaque match de l’USON.